Etre une femme…

Récemment j’ai achevé la lecture d’un roman (Fleur de Neige de Lisa See) qui se déroule dans une région reculée de la Chine ancestrale et ai fait deux découvertes un peu atypiques.

Tout d’abord j’ai appris l’existence du nu shu qui serait, selon les linguistes, le seul langage au monde exclusivement féminin.
Il s’agit d’une langue écrite et chantée uniquement utilisée par les femmes Yao (centre sud de la Chine). En effet, dans la Chine féodale, les femmes n’avaient pas accès à l’éducation et étaient condamnées à l’isolement social en plus d’avoir les pieds bandés. Le nu shu se serait transmis de mère en filles dans des régions rurales coupées du monde. Croyant les femmes inférieures, les hommes ne se sont pas intéressés à ces codes secrets qui sont ainsi restés inconnus pendant des siècles, jusque dans les années 1960.

Né de la résistance des femmes à la domination mâle, le nu shu était plutôt un moyen de communiquer avec d’autres soeurs sur les mariages abusifs et arrangés, l’isolement et la libération du veuvage. Pour lire le nu shu, les femmes le chantaient. Pour l’écrire elles utilisaient des éventails en papier ou des broderies, puis des livres.
De fait, comme de plus en plus de femmes ont accès au système d’éducation, la langue nu Shu ne se maintient plus en vie. D’ailleurs la dernière Chinoise parlant cette langue est décédée en 2004, entraînant la disparition de ce code d’écriture vieux de plusieurs siècles.
Disparition car les manuscrits en nu shu sont extrêmement rares car ils étaient traditionnellement brûlés ou enterrés avec les morts.

La seconde “découverte” faite avec ce livre (bon là j’en avais déjà un peu entendu parlé) est la mutilation des pieds des femmes !!

En effet, pendant plus de 1 000 ans, les mères chinoises ont enveloppé les pieds de leurs filles de bandages serrés afin de les rendre aussi petits que possible.
Ces pieds déformés ont longtemps symbolisé le “must” de l’érotisme chinois.
Partie du harem impérial, la mode du petit pied gagne progressivement toutes les classes sociales et rapidement les femmes perpétuent cette tradition de génération en génération.
De plus, peu à peu, les chinois sont persuadés que de cette atrophie dépend le prestige de la famille.
En effet, à leurs yeux, la taille du pied étant un élément essentiel à la beauté, une jeune fille qui n’a pas de petits pieds ne pourra jamais trouver un mari qui fasse honneur à sa famille.
D’ici à être mauvaise langue (moi j’hésite pas) et à y voir un moyen de restreindre la liberté des femmes ? Effectivement, devenues adultes, leur démarche ne pouvait être que lente et difficile !!

L’idéal était que le pied mesure 15 cm au maximum (pour comparaison un 37 = 23 cms… oui j’ai mesuré mon pied ;o))
Les gamines étaient mutilées entre 3 et 8 ans… Les quatre orteils de l’enfant étaient repliés vers la voûte plantaire et maintenus en place par un bandage. Le gros orteil était laissé libre, pour obtenir la forme d’une demi-lune. Une fois les pieds complètement bandés, la fillette est “forcée” de marcher sur ses nouveaux pieds et par la même occasion sur sa douleur !

L’objectif était de produire une rareté culturellement valorisée, le “lotus d’or”, où le pied ne dépassait pas 7,5 cm !!!
Les pieds bandés se raréfièrent quand la Chine devint une république en 1912 et disparurent totalement lorsque Mao en prononça l’interdiction en 1949.

Jusqu’où la tradition est-elle acceptable ??

Manou

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27 réponses à “Etre une femme…”


  1. Bon,voilà maintenant que dés 5H du mat ,je me cultive,manquerait plus que je devienne intelligent grâce à manou….. 

    C a ne peut pas me faire de mal,en fait.

    Quant au terme tradition ,il va falloir trouver un autre mot pour qu\\\’il ne soit pas associé à cette barbarie….



  2. Un autre mot ne changerait malheureusement pas ces pratiques !



  3. Ayant beaucoup vécu en Asie, je suis aussi une collectionneuse de pièces de vêtements chinois anciennes et de ces petites chaussures dont je possède quelques paires et qui sont assez étonnantes.

    Entre barbarie et beauté, où finalement situer les limites qui d’une civilisation à l’autre, d’un peuple à l’autre et encore aujourd’hui d’un pays à l’autre ont des critères tellement différents. Quid de ces négrsses à plateaux ou de ces thailandaises girafes que nous pouvons trouver exotiques ou horribles et qui NOUS trouvent très moches et fades car nous ne possédons pas leurs attributs… Et les scarifications tribales chez certains hommes d’Ethiopie ?!.

    mais sans aller aussi loing, les piercing et autres tatouages peuvent en ravir certains et en faire frémir certains autres.  ;-))

    Long débat…



  4. Long débat oui… Mais il me semble difficile de dire que c’est une barbarie uniquement à nos yeux occidentaux ! Il s’agit tout de même d’une mutilation !!
    Au même titre que les femmes girafes, qui, au delà d’un aspect dit esthétique, portent ces colliers afin d’éviter l’adulère !! Car si adultère il y a, ces femmes se voient enlever leurs colliers et meurent sur le coup !!
    Et je ne parle même pas de l’excision !!



  5. De la culture à la tradition…

    Je connaissais la mutilation des pieds. J’ignorais ce langage spécifique.

    Merci.



  6. De rien… J’ai été frappé par la description de ces deux traditions dans ce bouquin et ai souhaité en savoir plus et faire partager ;o)



  7. Apparemment en Chine en Corée et en Inde, il manqueraient des femmes à cause des politiques de maîtrise de la natalité et du détournement des techniques médicales qui permettent de savoir à l’avance si l’enfant sera fille ou garçon. L’NED a publié une étude sur l’avortement sélectif des filles en Asie, qui a augmenté à partir des années 1980. Alors qu’il naît normalement 105 garçons pour 100 filles, il naissait 117 garçons pour 100 filles en Chine en 2000. La presse chinoise s’est fait l’écho de chiffres alarmants de certaines provinces comme le Guangdong ou naissent 137 garçons et le Jiangxi ou naissent 138 garçons pour 100 filles. Ces déséquilibres auront des répercussions importantes dans le ralentissement de la croissance de la population (Source INED - Ambassade de France en Chine).
    Ils entrainent à coup sûr des violences sur les femmes  : (traite des jeunes filles avec les pays étrangers).

    La politique de régulation des naissances est également source de grandes violences sur les femmes. Les avortements forcés commencent à faire parler.



  8. Au travers de ce roman, on s’aperçoit de l’origine de cette disparité !! Les femmes n’ont que peu de valeur et une femme qui met au monde une fille n’a aucune considération dans sa belle famille… Seuls les fils comptent !!



  9. Eh bien merci pour ce chouette billet! Je ne savais rien du tout de cette langue parlé par les femmes (bien que je me soi souvent dit que vous parliez chinois:)). Quid de ces pieds atrofiés? La encore je n’avais jamais rien lu sur ce sujet, mais j’étais au courant (je me demande même si ce n’est pas en lisant Tintin petit). Par contre les dimensions que tu évoques me font frémir (et le fait que tu ais mesuré ton pied sourire)! Après il vrai comme dit plus haut, qu’il est toujours difficile de juger une tradition comme celle-ci et que l’on retrouve dans d’autres pays des traditions tout aussi étonnante et mutilante.



  10. J’essaye justement dans ce billet d’être assez neutre. Je raconte plutôt que je ne juge ! Cependant, toutes mutilations, soient elles traditionnelles ou esthétiques, me font frémir !!



  11. J’oubliais de dire que la Chine nous a inspiré aujourd’hui…



  12. Ah ?? Je vais te visiter de ce pas ;o))



  13. Tout à fait d’accord avec toi….une tradition ne peut être acceptable que si elle est librement acceptée et transmise…. ce qui ne semble pas être le cas de ces mutilations (qui chose curieuse ne concernent que les femmes !!!). Sinon, ce n’est plus une tradition, c’est une barbarie !



  14. Oui il est assez surprenant de constater que beaucoup de traditions mutilantes ne concernent que les femmes !!



  15. Eh oui, les mariages arrangées, la polygamie, l’excision, sont aussi des traditions … de même que manger de la viande de chien, des cuisses de grenouilles, des escargots … et la liste est longue …



  16. Euh… Mettre dans une même liste les mutilations féminines et autres traditions culinaires, j’aurais pas osé ;o))



  17. aie…rien que de lire j’ai mal au pied :-)
    Bibis pompes



  18. Moi aussi j’ai mal aux pieds mais à cause de mes nouvelles chaussures… J’ai pas les mêmes problèmes que les chinoises d’antan !!


  19. Esther

    Qu’est-ce que j’ai aimé ce livre!

    Quant à ta question, je pense qu’il est évident qu’il s’agit d’une barbarie pour nous actuellement, mais est-ce qu’en Chine, à cette époque, et avec le prix que la vie avait à cet époque là, n’était-ce pas un atout? Je ne dis pas que c’est bien, loin de là (sans compter qu’il s’agit d’actes traumatisants perpétrés sur les femmes encore une fois) et je pense que dans des millénaires, certains de nos agissements seront analysés comme totalement primitifs.

    Ce que je veux dire, c’est que c’est une bonne chose que ces agissements n’existent plus (et pas depuis si longtemps dans certaines contrées reculées) et je ne supporterais pas qu’on me fasse ça de nos jours. Mais il reste toujours des “impératifs” pour que femme plaise et qu’on le veuille ou non, on en dépend, et notre intégration dans notre sociéte aussi. L’homme et la femme sont ainsi faits. D’ailleurs même l’homme en est atteint d’un certain côté, il a aussi des “impératifs” à remplir… Demandons leur, tiens!

    Cela promettrai de belles discussions



  20. Effectivement, cela ouvre un large débat !! Cependant le blog a ses limites et il me semble compliquer de débattre sur des sujets aussi importants par commentaires interposés ?? D’ailleurs ça se ressent aujourd’hui ;o))

    Sinon, j’ai aussi beaucoup aimé ce livre et ne saurais que le recommander !



  21. Assez curieusement, on s’aperçoit que beaucoup de traditions concernant les femmes, sont inacceptables…
    Ce qui est le plus affligeant c’est de constater qu’encore de nos jours on sacrifie les petites filles à la naissance, surtout en Chine (encore), en Inde, au Pakistan. Le “déficit” en population féminine s’élèverait à plusieurs millions. Et les gouvernements ne font rien, parce que cela fera que les naissances se régulariseront toutes seules, faute de femmes…
    Sinon : belle histoire de ce langage secret… Cela me donne envie de lire le livre (je vais avoir un peu de temps devant moi…) 



  22. Il est surtout surprenant de constater que beaucoup de traditions ne concernent QUE les femmes, le sexe faible !!! Sérieusement je suis pas chienne de garde mais MERDE !! Un truc en moins entre les jambes et hop hop… Asservies, mutilées etc !



  23. Tu as déjà lu Pearl Buck?
    C’est dans “Vent d’est, vent d’ouest ” que j’avais découvert cette coutume de bander les pieds des petites chinoises, j’avais été révoltée.



  24. Ah non je ne connais pas mais je suis toujours preneuse de conseils de lecture ;o)) Merci



  25. Manou, si tu n’as jamais lu “Pearl Buck”, il faut absolument que tu le fasse… C’était une chinoise ayant épousé un occidental et qui n’a pas compris qu’il lui demande d’ôter ses bandes de pied, etc…
    C’est tout l’asservissement de la femme chinoise, via sa belle mère, qu’elle écrit…



  26. Ado, j’avais un livre sur la beauté…où l’on voyait exactement cette photo des pieds mutilés de chinoises…Cela m’a toujours bcp marqué…



  27. Ah ben si tu lis le bouquin t’auras la description de la mutilation en plus ;o((