L’expatriation

Quand on fait le choix de partir vivre à l’étranger, quelle que soit la destination et la distance qui va nous séparer de nos pénates natales, on sait pertinemment qu’on ne sera pas «chez soi», jamais, pour un temps ou pour longtemps ! On peut aimer l’endroit de notre expatriation volontaire plus que tout autre paradis terrestre, s’y sentir à l’aise, s’y faire des amis, s’y former une «famille» de substitution, y avoir des amants, des relations professionnelles… Mais on a toujours ce couperet quelque part dans la tête : je ne suis pas chez moi.

De plus, en avoir conscience nous rend, à mon avis, plus respectueux, plus humble et plus aimant de cette terre d’accueil. Elle nous donne beaucoup mais nous on ne lui prend rien, on n’est pas chez nous.

Avec Dom nous avons vécu cela… Du moins le départ ailleurs, loin de la France, très loin… En Afrique ! Nous avons traversé des mers et des déserts pour poser nos bagages quelques temps sur ce fascinant continent qui nous a « donné » sans compter sa chaleur, ses couleurs, ses tissus flamboyants, ses préparations culinaires exotiques et épicées, ses maquis, ses griots, ses radios tam tam, etc etc

Après, chaque histoire, chaque vécu est différent.

Dom a commencé par Dakar puis Abidjan… Elle a suivi l’amour et a «construit» une famille…

Moi je suis allée directement à Abidjan, pour me rapprocher d’un père absent et j’y ai rencontré l’amour, puis le désamour…

Nous n’avons pas été «expat» mais avons bossé des années avec des contrats locaux… Les années ont passées : 1, 3, 6, +

Dom et moi nous sommes rencontrées, avons bâti et partagé une amitié, avons monté une agence de pub ensemble… Et puis des évènements nous ont «rattrapé»… Comme beaucoup mais probablement moins que nos amis ivoiriens, nous avons vécu le choc d’un coup d’état puis une dictature militaire puis des élections tronquées et violentes.

Une bonne année s’était écoulée, notre vie avait déjà changée…

Pour ma part, c’était un jour comme un autre, anodin, je rentrais du boulot et je me suis faite injuriée par un flic. Des injures racistes, comme ça, pour rien, parce que je suis blanche et française. Je n’ai pas bronché. Je ne suis pas chez moi et je l’ai toujours su.

J’ai aimé ce pays… beaucoup… Il est à jamais indissociable de tant de souvenirs. J’y ai passé tellement de bons moments. Découvert ou redécouvert tellement de valeurs oubliées en occident. J’y ai rencontrés tellement de gens ouverts et formidables qui sont encore dans ma vie aujourd’hui et pour longtemps. Mais j’ai, ce jour là, fait le choix de partir, de m’arracher à cette terre que j’aimais tant, où je m’imaginais vivre sans contrainte de temps ! Peut être toujours ?

J’ai détesté ce flic et ses insultes raciales, gratuites, blessantes… Mais peut être m’a-t-il, ce jour là, «sauvée». Je suis partie parce que je l’ai décidé. On ne m’a pas chassée. On n’a pas brisé mes souvenirs. Je n’ai pas vu les choses dégénérer outre mesure. Ce flic m’a préservé de tout ça ! Je suis rentrée « chez moi ».

C’était il y a 6 ans déjà…

Dom, elle, est restée, 2 ans de plus… 2 ans de trop ? Une chose est sûre nous n’avons plus les même souvenirs. Elle a vécu la violence et les agressions verbales, elle a vécu le retour à l’arrache, elle a quitté « sa vie » en 2 heures, elle a vécu le rapatriement !!

Manou

P.s : si ce sujet m’inspire aujourd’hui, 6 ans après, c’est parce que mon père, sa femme et mon petit frère de 3 ans sont « bloqués » à Conakry dans des conditions incertaines et pour un temps incertain… Alors fatalement l’angoisse pour les siens, ça fait ressurgir certaines choses.

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32 réponses à “L’expatriation”

  1. Séverine

    Rien à dire, juste que ton récit est émouvant.

     



  2. Pas plus que ne l’est mon angoisse face aux manque d’infos et de nouvelles de Conakry



  3. C’est une des lecons de la vie que de vivre a l’étranger

    et de partager sa vie avec un étranger ici,ta vie change du tout au tout,les blagues a 2 balles sur les etrangers te font vachement moins marrer,tu prends conscience aussi quel parcour du combattant c’est d’etre etranger,et tu vois quand tu “retourne” dans le pays de ta moitié ,la difficulté d’etre un etranger,la langue,les regards,les us et coutumes(une horreur)

    Je te comprends très bien,et j’avoue que l’avantage d’avoir vecu a l’etranger ou d’etre avec un etranger(en dehors de l’europe),c’est que cela te remet vite les idees en place et apprends le respect,même si on croyait toujours l’etre,on s’apercoit bien vite,qu’on a tendance a etre un véritable con.

    Très franchement,on devrais rendre obligatoire pour tous les gosses de vivre quelques mois a l’etranger,je pense qu’il y aurait beaucoup plus de respect,c’est decider se sera dans mon programme électorel

    Mouahahahahahahah

    pas trop serieux quand même le poisson rouge

     



  4. Oui, je pense également que de vivre à l’étranger est une belle leçon de vie et d’humilité et apporte aussi une certaine ouverture d’esprit.
    Le choc des cultures est quotidien et permanent.
    Je sais que tu vis cela avec ta femme et j’imagine volontier les efforts permanent qu’elle doit faire pour être à l’aise et s’épanouir dans notre culture si différente de celle du soleil levant !
    Et, bonne chance pour ta campagne électorale ;o)
    bise au poisson président



  5. tu dois être très inquiète pour ton père et sa famille, la situation en Guinée est préoccupante.
    ton récit est touchant;

    je vis en Italie, mais je sais , comme tu le soulignes, que ce n’est pas mon pays, même si il est moins différent de la France que la côte d’Ivoire.
    je regarde d’un autre oeil les faits plotiques, par exemple, et je suis toujours prête à partir.



  6. Je suis effectivement très inquiète… D’autant que le réseau téléphonique est habituellement très aléatoire mais là c’est encore pire. Un vrai parcours de patience pour espérer obtenir la ligne ! Du coup le manque d’infos concrètes me fait vivre l’angoisse par le biais des média (dont je me méfie un tantinet).
    Et oui, je pense que ce n’est pas une question de distance ni de continent, on est étranger dès lors que l’on est pas sur sa terre natale.



  7. Rien à ajouter à ton récit…

    De tout coeur avec toi et ta famille, en espérant que la situation s’améliore…



  8. Merci Fab



  9. Je pense bien à toi et à ta petite famille… pas facile la vie dans certains pays..on a tendance à l’oublier, bien planqués ici…mais pas loin..vraiment pas loin…ya des enfants qui meurent de faim, qui ne connaissent que les bombes…. oups ca me colle le cafard..mais ca fait du bien de se rappeler aussi cela
    Bibis



  10. Merci pour cette pensée… En même temps il faut relativiser, mon père, comme moi à l’époque, avons fait le choix de vivre de vivre dans ces pays tout en ayant conscience du contexte politique et économique aléatoire. Aujourd’hui je suis inquiète certes mais c’est lui qui a bien voulu se "mettre" dans cette situation.  De l’extérieur je ne peux que "subir"
    Par contre la famine, les génocides, les bombes etc… Ca se sont des vrais sujets !



  11. Très beau post, Manou. De tout coeur avec les tiens…



  12. Merci… En espérant les voir bientôt ;o)



  13. De tout coeur avec toi dans cette attente inquiète…..



  14. Merci Princesse


  15. BIRDY

    Nous sommes de tout coeur avec ta famille. L’ambassade, le consulat de France ou le ministère des Affaires Etrangères ont certainement une cellule de crise concernant la Guinée. Il faudrait les contacter pour avoir des nouvelles rassurantes.



  16. Oui tous ces organismes ont surement des infos… En même temps et égoïstement, ce qui me concerne moi c’est ma famille et surtout mon bout de chou de frangin…
    Et, en rentrant un peu plus dans les détails, la compagne de mon père est guinéenne et je ne sais pas si elle serait évacuée ou non ? Double angoisse


  17. BIRDY

    Dans les crises de cette nature, seuls ces institutions sont succeptibles de donner des informations sur les ressortissants français en Guinée. Du courage… 



  18. Merci pour les encouragements… Cependant tant qu’il n’y a pas évacuation en cours, je ne pense pas qu’il y ait cellule de crise


  19. Bibi

    J’ai sans doute été maladroite ce matin…..

    Je pense bien évidemment à ton père, ta belle-mère et ton petit frère et j’espère que tu auras très vite des nouvelles.



  20. Non ma belle tu n’as pas été maladroite ;o) Et puis on en avait déjà parlé hier soir.



  21. de grosses pensées pour toi et les tiens Manou.

    dans ma ville, une de nos connaissances essaie de mobiliser à ce sujet… que personnellement mon mari et moi avons découvert grâce à lui. (comme quoi , on est toujours en retard d’un métro , à ne suivre que les grandes messes de l’info )

    Et tu nous encore fait là un très beau billet!



  22. En même temps c’est un peu normal que ton mari et toi ne découvriez ce sujet que depuis peu. C’est un pays qui a dit merde à de Gaulle et accueilli les russes et, surtout, qui vit sous le joug d’un putschiste depuis 1984…
    Moi même, si ce n’était mon père et sa famille et le fait que mon petit frêre est bi-national, me serais-je jamais interessé à ces évènements ? Je n’en suis pas sûre !



  23. Rien à ajouter, seulement bon courage Manou…



  24. Merci Marie



  25. Rien à ajouter non plus à ton post. Bon courage dans l’attente. L’incertitude, le ne pas savoir, le s’imaginer n’importe quoi, c’est le pire….
    Tiens nous au courant !



  26. Merci gentille sorcière… Dès que j’ai des nouvelles je vous dis



  27. J’avais commencé un long commentaire. Mais cela n’a aucun sens. Je me mets simplement à ta place 2 secondes et c’est insupportable. Je ne te souhaite qu’une chose : que tu aies de bonnes nouvelles très très vite. Sincèrement.



  28. Merci Camaieuse… En te répondant j’en profite pour répondre à tous.
    J’ai reçu aujourd’hui un mail de mon père m’expliquant clairement la situation en Guinée et plus particulièrement à Conakry à ce jour. Malgré un contexte chaotique ce message se veut rassurant. il parait que "ça va mieux" même si rien n’est réglé et que chacun s’accroche à sa position.
    En résumé rien n’est réglé et personne ne sait ce qu’il peut advenir demain.
    Sinon, de part la non nationalité française de la compagne  de mon père il semble confirmé qu’ils ne seront pas évacués le cas échéant mais devront chercher à partir par leur propre moyen dans un pays alentours tel le Sénégal ou la Cote d’Ivoire.
    En tout cas, merci à tous pour votre intérêt et vos messages d’encouragement.



  29. C’est toujours des nouvelles et même si la situation reste encore incertaine, c’est infiniment mieux que le silence.
    J’ai entendu aujourd’hui à la radio que la situation politique était en cours d’évolution.
    J’ai vu aussi que la France avait renforcé le dispositif militaire de la mission Corymbe.
    http://www.defense.gouv.fr/ema/base/21_02_07_le_tcd_siroco_renforce_corymbe
    Ça ne présage évidemment préjuge pas de la suite.
    Bon courage Manu



  30. Merci pour tes encouragements Marcus



  31. j’ai lu avec grand intérêt ton billet comme tu l’imagines…vu l’heure je vais remettre ma lecture de ton blog à demain mais j’ai envie d’en savoir plus par rapport à cette expérience comme tu peux l’imaginer ;)

    j’espère que pour ton père, sa compagne et ton frère tout ira bien ;)



  32. Bienvenue et merci pour ton petit mot…
    Je ne sais pas si nous écrirons beaucoup sur notre expérience africaine qui date de quelques années déjà mais qui nous a cependant profondément marquées Dom et moi . De temps en temps, au gré des humeurs nous distillons quelques infos… En tout cas moi j’ai plaisir à lire ton expérience togolaise ;o))