L’ironie de la vie
Elle avait la silhouette dégingandée, comme si elle avait poussé trop vite.
Ses yeux étaient d’un bleu éteint et cernés, probablement par toutes ces nuits d’insomnie et de galère.
Elle avait le visage émacié, l’air las et épuisé.
Son chien, lui, avait une bonne gueule mais était tout aussi famélique.
Elle parcourait ce train de banlieue avec nonchalance, tout en faisant la manche avec conviction, alpaguant les gens un par un, les yeux dans les yeux.
Son message semblait clair « j’ai 18 ans et je suis déjà dans la merde, aidez moi »
Peut être est-ce pour tout cela que j’ai voulu l’aider, elle, plutôt que cet autre clochard croisé plus tôt dans le métro. Ou alors j’ai fait ce choix subjectif pour de mauvaises raisons ?
Ses dreadlocks et son sac en pagne m’ont peut-être rappelé « le pays », là -bas, Africa…
Je lui ai donné un ticket restaurant de 8€ en lui souhaitant de manger chaud ce soir là .
J’avoue sans fierté que je donne parfois des piécettes mais jamais de tickets restau, pire même, je me suis toujours dis « mais comment les gens qui font la cloche dans le métro peuvent imaginer que quelqu’un va vraiment leur filer 8€ ? » Ouais je sais c’est con comme réflexion !
Elle m’a remerciée certes mais ce qui m’a émue c’est l’imperceptible et fugitive lueur dans ses yeux.
Je suis rentrée chez moi sans pouvoir m’empêcher de penser à elle et à son chien.
« Est-ce qu’elle arrive à le nourrir ? Va-t-elle dormir au chaud cette nuit ? »
Elle est tellement jeune et a l’air si frêle.
Plus tard dans la même soirée, j’ai rejoins mon père, de passage à Paris, pour diner.
Plus tard encore, il a décidé de rejoindre des amis qui prenaient un verre au Plaza Athénée.
Ironie de la vie, aux tables voisines, d’un côté Ron Wood guitariste des  Rolling Stones avec une jeunette d’une vingtaine d’années et de l’autre côté 3 jeunes filles de 18 ans environ qui sirotaient un champagne de bonne facture. 3 belles plantes appartenant probablement à l’élite et vivant une jeunesse dorée.
Même âge mais destins tellement distincts.
Manou
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Mots-clefs :clochard, faim, galère, jeunesse, jeunesse dorée, manche, mendier, sdf

















Je crois que ni les unes ni les autres n’auraient échangé leurs places.
Il doit forcément y avoir un « milieu », mais celui-là , de milieu, il ne fait pas de vagues.
Il est celui dans lequel on vit, toi et moi par exemple.
C’est malheureux qu’on ait besoin des extrêmes que tu cites pour se situer dans une « norme » imposée par la détresse extrême d’un côté et le luxe tapageur de l’autre.
Tout ça c’est la roulette russe de la vie. Et en fonction, que tu sois née là ou ailleurs, tout change. Ceci dit elle est jeune, (mais déjà tellement cabossée par la vie), peut-être qu’un jour elle trouvera l’énergie au fond d’elle d’inverser cette fatalité
Illusion de penser que la vie est juste
En grandissant c’est ce que j’ai le plus détesté, devoir me rendre à cette évidence …
je crois que j’allais écrire pareil que Mamz’elle M’.
C’est tout. Et tellement vrai.
Dis donc, tu dois diner dans des endroits chics pour croiser tout ce beau monde
Pour la jeune fille, c’est vrai que j’ai toujours beaucoup de mal à imaginer qu’il puisse y avoir un drame familial derrière qui fasse qu’elle se retrouve dans cette situation… Il y en a aussi que se la joue rebelle et fuit de chez eux, quitte à se retrouver à la rue alors que leur situation n’était pas désespérée… comment savoir et comprendre.
Ma voisine qui malheureusement est décédée avait le coeur sur la main et avait aidé une jeune fille dans cette situation. Elle avait pris des rendez vous pour elle, où elle l’accompagnait, justement pour l’aider à s’en sortir.
J’ai aussi l’expérience d’une fille de prof qui faisait la manche comme ça alors qu’elle n’en avait absolument pas besoin…
Rien de plus à ajouter …
Mélina : Je ne sais pas si il y vraiment une norme imposée ? Là je ne fais que narrer une « anecdote » ironique.
Comme tu le dis, je fais partie, comme beaucoup, de la moyenne et ne fréquente jamais de lieux luxueux.
J’ai trouvé d’autant plus sarcastiques les circonstances !!
Mamzellescarlett : Tout est déjà écrit à la naissance ? Surement en grande partie… mais pas que ! Ou alors c’est la déprime assurée et nous devons tous renoncer à nos rêves, soient-ils utopistes :cl:
Mamzelle M’ & Camille : Illusion illusoire oui
MissBrownie : En temps normal non, je vais plutôt dans des endroits accessibles à ma bourse !
Là mon père qui vit far far away était de passage…
Pour la jeune fille, arrivée à ce niveau de désespoir je crois que « savoir » ce qui l’a amené là n’est finalement pas important.
Maintenant si c’était juste une expérience elle faisait drôlement bien illusion !
Fab : Bonjour alors
Normal que ca t’interpelle plus une jeune fille dans la rue. On imagine qu’elle a fui le domicile parental et donc que ça se passait pas bien là -bas et forcément imaginer un enfant qui souffre, c’est toujours le pire scénario.
C’est bien triste tout ça. Moi aussi ça me fait mal, surtout les jours où je ne peux rien donner, parce qu’on ne peut pas tout le temps bien sûr. Ce midi encore j’ai vu 4 matelas aligné dans un endroit « un peu » abrité. Comment peut on dormir dehors ?
Le pire ça doit être le manque d’espoir, le manque d’avenir, se dire que ça ne va jamais s’arranger, que ça ne fera qu’empirer comme dans la chanson de Bénabar.
Hmmmm … pas grand chose d’autre à ajouter … le constat est terrible et injuste …
Impossible d’en écrire plus sans tomber dans des banalités …
Beau post !
Rien a dire face à ce triste constat.
Quelles que soient les raisons de ton choix, elles sont bonnes puisqu’il faut bien que choix il y ait. Il m’arrive aussi de devoir faire ces choix. Qui ne sont jamais confortables ni réconfortants.
On aimerait « savoir » ce qu’il advient de l’autre, comme toi qui ne cesse de repenser à ce couple d’infortune. Son regard sera avec toi longtemps, cette « lueur » que tu as reçu comme la chose la plus fugace, fragile et importante qui soit. Parfois, cette lueur même n’y est plus. Je ne sais pas ce qui est le plus douloureux. Qu’il y ait encore une espérance, au risque qu’elle soit assassinée, ou qu’il n’y ait déjà plus rien.
Amicalement Manou
J’ai beaucoup aimé ton anecdote, Manou.
Ca me rappelle un épisode, lorsque j’étais petite. Ca m’arrivait de temps en temps de donner 1 ou 2 francs des quelques sous que j’avais en argent de poche à un mendiant… Une fois (je devais avoir quoi allez, 13 ans ?) j’ai gardé un bon pain tout frais qu’on avait eu pour le repas de Noël à la cantine dans ma poche. Devinez à qui je l’ai donné ?
Aujourd’hui, j’ai + de mal… Il y aurait tellement de monde à aider et on a beau vouloir aider, quand on touche un salaire minimum il faut savoir poser des limites à un moment donné…
Electromenagere : Ben c’est surtout que sur ce coup là je pense que mon « don » a vraiment servi pour de la bouffe ou toute chose utile à cette jeune femme.
Avec certains clodos je suis désolée mais ça me ferait mal d’entretenir leur alcoolisme (même si ça les aide à tenir, à se réchauffer, à « oublier » et gnagnagna)
Louisianne : La dernière fois j’évoquais les bateaux mouches… Ce jour là j’ai littéralement compris l’expression « dormir sous les ponts » !
Mlle Figolu : Pas plus…
Pascal : Ca va toi ?
Cath : Les raisons de nos choix sont-elles vraiment bonnes ? Surtout dans ce cas de figure ou l’on décide de donner ou non. Parce qu’on en peut pas donner à tous !
A partir du moment où il y a choix il y a dilemme :cl:
AurélieT : Oui c’est dur de faire ce constat…
On en peut pas aider tout le monde !
Et pour ma part, tant pis si c’est pas très « chrétien » mais filer de la thune à un mec ivre mort ou la boutanche à la main, j’ai juste pas envie !
Très beau texte.
Très touchant.
Comme dirait Le Forestier « est-ce que les gens naissent égaux en droit, à l’endroit où ils naissent ? »
Le problème c’est que même quand ils naissent au même endroit, ils ne sont pas égaux en droit quand même…
C’est triste ton histoire..
Voilà , je pense la même chose que toi, Manou… Tout comme je ne filerai pas de clope à cette dame qui m’en réclame une à chaque fois que je la croise et que j’en ai une d’allumée… Sinon, tu donnes une clope à une personne et toutes les autres rappliquent. C’est malheureux à dire, mais c’est pourtant vrai… (testé et approuvé).
@ Emanu124 : et tu as même des personnes qui au départ n’étaient pas des plus à plaindre et qui par un aléa se retrouvent avec les mêmes problèmes… Je ne suis pas croyante pour un sou mais y’a des fois, le destin, je me demande s’il n’est pas un peu tracé… et si ce n’est pas à nous de tout faire pour qu’il ne suive pas la route qui est indiquée !
Elles sont bonnes tant qu’on donne une main, un soutien, un instant. Peu importe nos raisons, c’est parfaitement secondaire. Le fait, lui, demeure.
Tant qu’on est touché on est très certainement encore..humain ? Beau regard que le tien……….
Je ne vais pas faire dans l’original…..Ce qu’a écrit Mamzelle M’, c’est ce que je pense…..
Dur de grandir et de se rendre compte que la vie n’est pas si belle que l’on veut nous le faire croire…….Moi, je ne m’y suis jamais faite…..Alors quand on p(v)eut, n’oublions pas de faire ce que tu as fait……