Maman, est ce que ta chambre te plait ?

Anne ne fait pas que dans la gastronomie, et l’un de ses billets a fait remonter un souvenir d’enfance, genre ceux qu’on croit enfouis enfouis dans les méandres de notre cortex quand paf ! Le chien, en fait, non, ils sont toujours là.

Je vous le livre tel que, pas très funky pour un lundi glacial de grève parisienne, je sais.
(pardon pardon pardon)

Une de mes tantes travaillait dans un service de gériatrie et étant parfois confiée à ses soins le week end, j’ai passé quelques journées à fureter avec la curiosité ingénue des enfants, dans les chambres de ces vieux qui vivaient hors du temps.

Alors qu’un samedi, je passais ma journée entre la cuisine du personnel et les différentes chambres non verrouillées des pensionnaires, je m’étais introduite en cachette dans une de ces chambres, dont les volets fermés en pleine journée m’avaient à peine laissé entrevoir une forme recroquevillée et cachée sous des couvertures dans une chaleur moite et étouffante.

“J’ai soif” avais-je alors entendu, et les enfants étant ce qu’ils sont, c’est sans crainte que je m’étais approchée de cette vieille femme qui réclamait à boire.
Un pichet en fer sur sa table de nuit contenait une eau sale et douteuse qui devait trainer là depuis déjà trop longtemps, et j’avais donc profité du prétexte pour voler une bouteille d’eau minérale aux infirmières (grande aventure) puis m’étais installée avec la vieille femme pour le reste de l’après midi dans cette chambre sombre qui puait le renfermé et bien d’autres mauvaises odeurs moins avouables.

Bleuette, qu’elle s’appelait ma vieille, soit-disant sénile et pourtant pas si folle que ça.
Un bras paralysé et tordu, une élocution difficile, et deux maigres couettes attachées par du papier toilette que certaines filles du personnel avaient sans doute jugé amusant de lui confectionner.

Bleuette, c’est un bien joli prénom, et la vieille dame était visiblement ravie de voir un peu de jeunesse et de bavardage s’introduire dans son univers monotone et disons-le, franchement sordide.

J’ai gardé ensuite l’habitude, chaque fois que j’allais passer le week end avec ma tante, de passer du temps dans sa chambre, de l’écouter, de rire aussi de taquineries que je faisais en son nom aux aides-soignantes, et de partager un peu de mon temps d’enfant avec elle.

Et un jour, à plus de 98 ans, elle est décédée, me laissant en souvenir quelques rires partagés, beaucoup d’émotion, et un pendentif cassé qui ne m’a jamais quitté depuis.
Finalement, sachant la triste vie qu’elle menait dans ce mouroir, j’étais presque contente pour elle.

A 10 ans, la vie est simple, noire ou blanche et sans beaucoup de préjugés.

Aujourd’hui, la vieillesse est un mot qui fait peur, autant que ces vieux que d’aucuns se plaisent à moquer, ces vieux qui nous empoisonnent les files d’attentes, ces vieux qui piquent les places assises dans les transports en commun, ces vieux qui squattent les guichets de la Poste et ces vieux qui un jour, disparaissent dans des institutions dont on n’a pas franchement envie d’entendre parler.

On vit comme si nous, jamais, n’allions un jour vieillir, et puis mourir.
Questions existentielles qu’on se plait à ignorer.

Nous sommes devenus éternels.

En Afrique, le vieux reste dans la communauté, question de tradition, de respect autant que de nécessité économique, faut pas non plus idéaliser.
Le vieux est source de sagesse, écouté, respecté, utile.
Il transmet aux jeunes générations, conseille les adultes et sous l’arbre à palabres, c’est encore lui qui statue sur l’avenir du village et de sa communauté.

En Afrique, un ancien qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle” a écrit Amadou Hampaté bâ.

En France, par contre, comme dans le monde occidental en général, la vieillesse fait peur, elle est démodée autant que terrifiante, on la fuit, on la masque, on la méprise et le plus souvent, on l’ignore.

Que deviendrai-je une fois devenue vieille ?
Aurai-je la chance d’avoir mes enfants pour me rendre visite ?
Celle de rester chez moi, entourée des miens et de tous ces souvenirs que j’aurai amassés ?
Comment finirai-je ma vie ?
Autant de questions que l’on évite de poser pour soi même autant que pour ses propres parents.

William Réjault, alias Ron l’infirmier, connait bien cet univers dont on ne parle qu’à l’occasion de faits divers monstrueux, telle directrice qui maltraitait ses pensionnaires, tels soignants d’une maison de retraite qui torturaient les siens…

Dans son dernier livre “Maman, est ce que ta chambre te plait ? Survivre en maison de retraite” il décrit son travail d’infirmier, au quotidien, au travers de constats, de souvenirs et de questions à résoudre pour que les vieux puissent avoir la fin de vie qu’ils méritent.
Une photographie sans ombre de ce que représente la vieillesse, la fin de vie dans notre société d’aujourd’hui, avec ses failles, ses dérapages, ses mécanismes routiniers autant que ses maigres réussites, le tout dicté par des impératifs de rendement, de finances, et d’économies de bouts de chandelles.

Le fric et l’amour n’ont jamais fait bon ménage.

Comme il le décrit lui même sur sa 4ème de couv :

Je m’appelle William, j’ai trente-trois ans et je suis infirmier dans une belle maison de retraite, renommée, au cœur de Paris. Un matin, cet hiver, en plein travail, j’ai été victime d’une intoxication au monoxyde de carbone. On ne peut pas parler d’accident. J’ai simplement failli mourir parce que le groupe qui m’emploie est prêt à tout pour faire des économies. Même à risquer la vie de son personnel. Même à sacrifier les personnes âgées qui le font vivre. Même à laisser une place à la maltraitance pour gagner 10 euros. Je travaille pourtant dans une des maisons de retraite les plus chères de Paris, parmi les premières dans les classements.

En France, la maltraitance est devenue le quotidien de bon nombre d’institutions pour personnes âgées. Manque d’effectifs, manque de moyens, les raisons sont innombrables, mais elles nous ramènent toutes à une seule question : quelle place réserve-t-on à la vieillesse dans notre société et dans nos propres vies ?

Que va-t-on faire de vous, qui allez vivre bien plus longtemps que vos parents, que vos grands-parents ? Un enfant sur deux né en 2009 finira centenaire. Vivre vieux, oui, mais à quel prix ?

Un mot pourrait résumer peut être cet ouvrage : Le manque.

Manque de temps, de moyens, de fric, d’amour, de dialogues, d’échanges, de transparence.
Manque d’intérêt pour ces vieux, cet “or gris” que nous sommes pourtant tous en devenir, dans notre système de société uniquement tourné vers la jeunesse et la beauté.

Un livre dérangeant, sans complaisance ni pour l’auteur lui-même, ni pour les acteurs de cet univers méconnu, qu’ils soient soignants ou soignés.
Un ouvrage qui vient bousculer nos petites certitudes confortables, nous faire réfléchir et qui pose les bonnes questions et apporte quelques éléments de réponses.

Un livre indispensable, parce que, si, ces vieux, c’est nous.

Dom



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45 réponses à “Maman, est ce que ta chambre te plait ?”

  1. Galstar

    La résolution à long terme de la prise en charge des anciens ne peut se résoudre que par une prise de conscience de générations qui leurs succèdent. Celle que seule une réponse collective peut permettre à une société de subvenir à la vie de ses anciens. Et cela va de la qualité de leur soins à leur qualité de vie en passant par le bien-être.
    Au début, la famille est la première entité sociale à pourvoir prendre en charge une personne qui n’est plus autonome. Mais ce socle est souvent mis à mal par les étiques individualismes, les logiques de conflits générationnels ou le manque d’anticipation des individus qui la constitue.
    Ensuite, la prise en charge sociale par solidarité peut être une solution pour les individus isolés ou manquant des moyens nécessaires à leur cas. Mais entretenir une personne dont les capacités se dégradent sur le dernier tiers de sa vie n’est pas rien. Cela peut mobiliser les ressources d’un état si les jeunes rejettent une éducation “moralisatrice” qui devrait les préparer à gérer leurs propres anciens.
    Le bon point actuellement c’est que… les vieux devenant de plus en plus nombreux, ils pèseront de plus en plus lourd en terme électoral! Je vois bien les vieux pomper le fric des jeunes par l’intermédiaire de l’état et que l’état soit remis en cause par tout le monde parce que personne ne serait satisfait: “on nous vole notre fric!” ou “on ne nous consacre pas assez de moyen!”.
    De quel bord seriez-vous? Ou encore qui admettra penser comme Victor Hugo à la fin de sa vie? :-p



  2. ça fiche les j’tons de se projeter vieux, quand on voit le triste sort que leur réservent nos sociétés occidentales. La vieillesse est pesante, encombrante, elle est le miroir de la vie déchue. C’est pour ça que j’essaierai d’anticiper et de régler du mieux que je peux la triste logistique de mon quotidien, afin que ça ne pèse pas sur mes enfants.et qu’ils ne soient pas amenés à faire des choix difficiles, insupportables, culpabilisant. Rester maître de sa vie jusqu’au bout, c’est un peu échapper au poids de la vieillesse.


  3. Fée des étincelles

    Dom, j’aime beaucoup ton article, certainement parce qu’il me parle d’une situation que je vis actuellement avec mon grand-père.
    Agé de 84 ans, il est atteint de la maladie d’Alzheimer et habite toujours chez lui, ses enfants et petits-enfants passant tous les jours le voir. Jusqu’ici il a pu conserver son indépendance, c’était son souhait. Mais la maladie s’aggravant et provoquant en plus des problèmes de santé, de nombreuses questions se posent. Pour nous il est hors de question de le mettre dans une maison de retraite. Pour l’instant nous envisageons de prendre une aide à domicile. Est-ce le bon choix? A vrai dire je ne sais pas! C’est une solution temporaire qui ne fait que repousser à plus tard la vraie décision à prendre…


  4. Anne (papilles et pupilles)

    C est super touchant ce que tu racontes ; c ‘Est sur que le livre est terrifiant ; depuis l article (merci) je suis allée écouter William raconter la genèse de ce livre lors d’ une “conference” ici à Bordeaux ; c est encore pire de l entendre raconter, de l entendre dire ce que les médias lui disaient (genre les vieux au JT c est qu’ après 20h20 ) etc. Quelle hypocrisie de penser que les vieux ce n est pas nous ! Un jour nous aussi on sera vieux !
    Je n ai plus que mon père et je suis contente qu il ait une nouvelle compagne plus jeune.
    En tout cas merci William de parler de ce sujet avec autant de classe. Ce n est jamais vulgaire ; et c est vrai qu’en Afrique tu dois voir une sacrée différence de traitement.
    Merci Dom
    bises



  5. j’ai lu la chambre d’albert camus de cet auteur et cela m’avait beaucoup remué…j’étais passée du rire aux larmes…je ne doute pas que celui-ci soit tout aussi bouleversant et nous incite à la façon dont nous aimerions être traités le jour où nous serons vieux…



  6. C’est fou, je t’imagine très bien faire les 400 coups aux infirmières et papoter avec Bleuette… un bien joli billet, et une question de fond de la première importance.

    Ma grand-mère Mamisa a vécu chez elle jusqu’à la fin, elle avait 96 ans. Tout le monde s’occupait d’elle, nous au loin, et ses voisins, le concierge. Au Maroc on retrouve ce respect des vieux qu’on a perdu ici.
    Mon autre grand-mère, beaucoup plus jeune, est dépendante à 100%. Saloperie d’Alzheimer. Ma mère et ma tante s’occupent d’elle, c’est dur, mais elles se refusent à l’envoyer dans un “mouroir” à vieux. Moi honnêtement, à leur place, je ne sais pas quelle décision j’aurais prise… (et quelle décision je prendrai pour mes propres parents)



  7. Oh les filles , pas ce matin , un post pareil!!!!!!
    Rajoutez a celà la chanson de linda Lemay, sur sa mère qu’elle n’avait pas installée chez elle, et notre journée est plantée, type ” total blues…”
    Mais force est de constater, que la vérité en face ça fait mal….



  8. J’ai un vieux souvenir d’une grand-tante enfermée dans une soi-disante maison de retraite huppée sauf que la vieille baignée dans son jus de pipi, qu’elle était en gros lavée une fois par mois et qu’elle était enfermé 24h/24 dans sa chambre poussiéreuse.

    Du coup, j’ai vachement de mal avec les maisons de retraite.
    (je préfère les maisons closes ! :p)


  9. Marie

    Je pense à mon grand-père, dans un mouroir où les personnes valides étaient parquées sur des chaises, le long des murs de l’entrée, une forte odeur de cigarette dans tout le bâtiment. Mon grand-père attaché parce qu’il y avait un grand manque de personnel et que “c’était plus facile comme ça”. Les démarches effectuées pour le changer de maison de retraite, infructueuses à cause du reste de la famille, qui voulait faire des économies. Mon grand-père en pleurs la dernière fois que je l’ai vu. Il est mort dans ce mouroir que je ne recommanderais jamais, même pas à mes pires ennemis. Ce billet me remue vraiment…



  10. c’est, comme tu le soulignes si bien aussi une question de mentalité… et on devrait réflèchir justement de cette manière à la société en général… lors des nombreux décés des personnes âgées lors de la canicule, je crois que les mentalités ont un peu bougé pour prendre conscience de cette difficulté de vieillir en France…un débat intéressant mais difficile c’est vrai !



  11. Bravo pour ce très beau billet, très émouvant et qui fait un sain rappel.
    Je cours commander ce livre!

    Et je suis vraiment heureuse que mes grands-parents aient pu vieillir chez eux, entourés de leurs familles. Oui ce sont des sages, ce sont nos racines, nos sources.

    Merci infiniment pour ce très beau texte


  12. Pat à Toulouse

    Ton billet frappe très près du coeur… ma mère et moi nous battons depuis des années contre mon oncle qui ne veut pas que ma grand-mère (96 ans) reste chez elle avec le personnel nécessaire alors qu’elle en a les moyens.
    Pour notre générations, je crois à une autre solution. J’ai bien l’intention de monter une coloc avec des copains et copines quand on aura 70-75 ans. On se prendra un grand appart au RDC ou dans un immeuble avec ascenseur. Un bon Wifi (ou ce qu’il y aura dans 30 ans), une employée à plein temps pour nous tous, qui nous fera le ménage, les courses et la cuisine. On aura chacun notre chambre, il y aura une chambre d’amis pour les enfants visiteurs, on aura la webcam pour discuter avec les petits-enfants, et quand l’un de nous aura besoin de soins, on sera là pour le soutien moral et l’assurance pour laquelle on cotise déjà maintenant couvrira les frais de personnel… On écoutera du Pink Floyd et du Queen et nos arrière-petits-enfants nous trouveront ringards. Et quand tous les autres seront morts et que je serai la seule à rester, j’irai m’installer en Afrique…
    Joli rêve, non?



  13. Quelle jolie histoire ..triste certes, mais très jolie.
    J’imagine bien la petite fille friponne se glisser dans cette chambre sombre et revenir encore et encore avec son air malicieux et le cœur rempli de gaieté..
    Ca a du lui faire un bien fou à cette dame :)

    Mes grands parents ont la chance de ne pas connaitre ses endroits et qu’on les préservera le + possible..



  14. Galstar : Prise de conscience ou peur de ce qui nous arrivera aussi à nous, l’important est qu’un moteur fasse bouger les choses et tu as bien raison de souligner que les vieux seront un jour une force qui comptera du fait de leur nombre.
    Le seul bémol étant qu’il faudrait qu’ils puissent faire entendre leur voix dans une société qui ne les écoute plus puisqu’ils ne consomment plus (ou presque).

    Mamzelle Scarlett : Bien sûr que cela fiche les jetons, je suis pas la dernière à éviter d’y penser d’ailleurs. On vit souvent comme si on n’allait jamais vieillir, et j’ai pour ma part par exemple de nombreuses années de non cotisations à la retraite pour cause de vie à l’étranger qu’il faudrait que je rachète et que je remets sans cesse aux lendemains (qui ne chanteront pas).
    J’aimerais croire que comme mes grands mères, je resterais valide, et avec ma tête jusqu’au bout, mais il vaut mieux le préparer cet avenir là, sait on jamais ?

    Fée des Etincelles : Dans son livre, Willliam donne aussi de nombreux conseils pour placer ses vieux dans les meilleures conditions possibles, des adresses, des pistes à suivre ainsi qu’une liste de questions à poser à l’institution dans laquelle on veut placer son parent.
    Je ne suis pas une pousse à la consommation, mais je ne saurais trop te conseiller de lire ce livre là.

    Anne : Ton article avait agi comme une pilule du souvenir. En vérité des souvenirs comme ceux là, j’en ai beaucoup d’autres, ayant été amenée pour des raisons de santé à être hospitalisée dans des services où les vieux étaient très nombreux.
    J’ai toujours été émue par les personnes âgées, pour ce qu’elles peuvent apporter et transmettre.
    c’est vrai qu’en Afrique la situation est différente mais il ne fait pas faire dans l’angélisme non plus, il y a un facteur économique important, et peu ou pas de maisons de retraite ou d’institutions capables d’accueillir les personnes âgées.
    Il suffit déjà de voir le nombre de “fous guéris” qui errent dans les rues.
    En tout cas merci à toi de m’avoir fait lire ce livre et merci à William de poser les bonnes questions.

    Chocoladdict : je n’ai pas lu les deux premiers ouvrages de William Réjault, mais celui ci n’est pas un roman, plutôt un état des lieux autant qu’une réflexion.
    A vrai dire, il ne m’a pas émue, plutôt révoltée et mise en colère.
    A lire donc pour comparer !!

    Shalima : Ah, ça, je l’ai fait beaucoup rire Bleuette avec mes blagues de sale gosse, ça l’amusait et moi j’étais contente d’avoir de la compagnie pour ces week ends là.
    Ta Mamisa a bien eu de la chance, c’est presque rare aujourd’hui (serait ce la raison pour laquelle nos vieux émigrent en masse au Maroc ? :-D
    Pour ton autre grand mère, il n’y a pas de “bonne ” réponse, on peut, on ne peut pas, on voudrait mais….
    L’important je crois est de le préparer au mieux.

    Pascal : Ah, j’avais prévenu hein, je vous ai pas pris en traitre !!
    Et oui, la vérité fait mal (un peu comme quand je me croise dans un miroir et que je me dis “Oh mon Dieu, toutes ces rides m’appartiennent elles ????”
    Mais la faute en revient à William, c’est lui qui nous a attrapé le visage et tourné nos yeux vers ces vieux et ce futur qu’on aimerait mieux ignorer encore un peu.

    Gallïane : On a tous eu une grande tante, un grand oncle, une lointaine aïeule perdue dans un hospice, et nous ? plus tard ?

    Marie : Ce sont des souvenirs certainement très douloureux, j’avoue que je ne sais pas quoi dire quand je lis cela, j’ai du mal à concevoir comment peut on en arriver là ? et en même temps, après la lecture de ce livre tu comprends aussi les mécanismes de la déshumanisation qu’enclenchent les manques de moyens, de temps et de personnel qualifié.

    Virginie : Tous les jours sur twitter, blogs ou ailleurs, je vois de ces petites diatribes contre ces vieux, si chiants, si moches, si lents.
    Chaque fois j’ai envie de traiter l’auteur de ces mots de “jeune con” (ou conne, soyons pas sexiste), comme tu le dis, il faudrait que les mentalités changent, qu’on ne voit plus les vieux comme des boulets mais comme une richesse, un savoir, comme le dit Hampaté, une bibliothèque vivante.

    Miss Nahn : Merci à William surtout d’avoir écrit ce livre, je suis sûre qu’il ne te décevra pas.

    Pat à Toulouse (ton grand oncle est un crétin, dis le lui de ma part).
    Ta solution, elle existe déjà, elle est d’ailleurs décrite dans ce livre, ce sont des petites communautés, et je trouve cela génial !
    Si vous faites cela dans le sud, gardez moi une chambre, j’apporte les Floyds, les Doors, et les Queen (et un bout d’Afrique avec moi)



  15. Kriss : Elle n’est pas triste cette histoire, non, effectivement, j’ai passé des supers moments avec Bleuette, même si le décor était moyen bof.
    Ce qui me laisse penser qu’on devrait laisser davantage entrer les enfants dans les maisons de retraite et favoriser les expériences de crèche - maison de retraite jumelées pour que le début et les fins de vie se croisent.
    Tout le monde y gagne !



  16. Bonjour,
    Ravie de passer par ton blog.
    J´ai beaucoup aimé ton article.
    Très touchant.
    Merci. À très bientôt
    Elisa, Argentine


  17. Fée des étincelles

    Oui je vais acheter ce livre, tu m’as donné envie de le lire. Merci :-)



  18. Très émouvant et très juste ton article.
    Oui la vieillesse nous fait peur, se projeter dans une maison de retraite comme une prison, se demander si les enfants viendront bien nous voir et vérifier que nous sommes bien traités fait peur.

    “un ancien qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle”

    C’est tout à fait vrai, il faudrait que chacun puisse le penser vraiment !



  19. Intéressant, triste et réaliste le bouquin de Ron, j’espère le lire bientôt



  20. Triste et gaie, en effet ton histoire. Emouvante. Elle a eu de la chance, cette vieille dame, qu’une
    petite fille sans peur et sans préjugés pousse sa porte ce jour là. Et toi aussi, tu as eu de la chance;
    , quelle richesse tu as trouvée là!

    Ton billet nous fait passer un peu de cete richesse, merci!


  21. Cat

    Ton texte m’a touchée. Je suis totalement d’accord avec toi et pourtant paradoxalement les vieux dans les files d’attentes m’agacent et la laideur de certains me fait peur. Peur de ce que je serai un jour, évidemment. Merci pour cette réflexion et ce livre qui, en effet, paraît indispensable.



  22. Vieillir, ça c’ets vraiment le truc qui me fout les chocottes …. encore plus que mourir !



  23. Avant tout, comme tout ceci est bien écrit. Difficile de parler de ce genre de sujet sans tomber dans le pathos. Tes mots sonnent juste et frappent au coeur. Je connais Ron à travers son blog mais je n’ai pas lu ses livres. Ayant perdu mes parents encore jeunes (relativement, vu l’espérance de vie moyenne aujourd’hui), je ne serai pas confrontée à ce problème et, lâchement, j’avoue en éprouver un certain soulagement quand j’y pense. Car j’ai vu ma mère confrontée à la maladie et à la mort les yeux dans les yeux, j’ai vu mon père décliner très vite, en quelques semaines, j’ai vu les hôpitaux, et la seule chose que je peux souhaiter, c’est de mourir vite, la maladie et la déchéance, c’est terrible.



  24. Elisa : Bonjour et bienvenue Elisa d’Argentine.

    Fée des Etincelles : c’est un livre qui te sera utile (dans ta situation)

    Calpurnia : Comme le dit Galstar avec justesse, arrivera le moment où les vieux seront majoritaires et peut être pourrons nous espérer alors un changement de mentalité (oui, incorrigible optmiste je suis)

    Aude Nectar : Pour ma part, je pense que je vais lire les deux premiers (quand je rentrerai en France)

    Cultive ton Jardin : De rien, des souvenirs comme cela, nous en avons tous, cela dit, j’ai toujours aimé les vieilles personnes, encore aujourd’hui.

    Cat : Curieusement je suis bien plus patiente avec une vieille dame qu’avec une jeune pimprenelle, la première m’émeut, et a toujours des tas de choses à raconter, la seconde bien moins souvent.

    Electroménagère : Comme nous tous, non ?



  25. Alice (coquine qui poste tandis que je réponds)
    Le problème reste entier, même si comme toi je préfèrerais une mort rapide même prématurée à une lente déchéance, la pire de toutes étant bien sûr de perdre mes moyens, surtout intellectuels.
    Je dis que le problème reste entier car nous avons aussi à confronter notre propre vieillesse, et avec l’espérance de vie qui s’allonge, on a peu de chance d’y échapper :-)
    On prépare sa retraite, on cotise, on met de côté, mais quid de notre fin de vie ?
    C’est en cela que ce livre est un indispensable.
    Contrairement à toi, je n’ai pas lu les premiers, (ce que je ferai) mais là, il ne s’agit pas d’un roman, ni d’histoires même si il fourmille d’anecdotes, mais bel et bien d’un bilan.
    A part cela, ça va dans le golfe ? (ça me manque là)



  26. Plus tard…
    Je crois que j’ai si peur du plus tard que je me voile la face.

    J’ai peur de vieillir, pas tant physiquement, ce qui est irrémédiable et visuel… mais peur de perdre mes faculté, devenir un poids pour les autres, être oubliée… comme la grand tante.

    Plus tard, je ne sais pas si j’aimerai vivre avec mes enfants.
    J’aimerai peut être une maison de retraite respectueuse et qui me permette de vivre jusqu’à la fin dans la dignité.

    Utopie ?



  27. et quelle est la meilleure décision à prendre quand c’est à vous de choisir pour vos parents, parce qu’ils ne sont pas en état de décider et n’ont pas pensé qu’un jour, leur tour viendrait? Dans notre société de performance et de profit, les vieux ne servent à rien…



  28. J’ai été, un mois, pas plus, auxiliaire de vie pour personnes âgées. C’est un métier difficile et j’admire les personnes telles que Ron de pouvoir l’exercer longtemps.
    Je me souviens d’un vieil homme, qui avait perdu la tête et qui était devenu obsédé sexuel. Comme je refusais ses avances, il avait maculé son lit de m…
    une autre dame ne cessait de me frapper et de m’insulter jusqu’au moment où.. j’ai fait de même. (je l’ai simplement insultée rassurez vous).
    On a du mal à évoquer ces sujets ; on s’ est offusqué il y a 1 an de la maltraitance en maison de retraite, suite à un reportage de france 2 sans évoquer le manque de moyens, l’epuisement psychologique des soignants qui ne sont pas écoutés et ne peuvent, souvent, que peu dire qu’ils n’en peuvent plus.


  29. fifi

    ce qui fait peur bien sur c’est la vieillesse et ses consequences:decheances physiques et psycchiques.Et c’est humain d’avoir de dependre de l’autre quel qu’il soit.Mais ce qui est plus difficile c’est la solitude dans laquelle les personnes agees sont plongees,on les oublie,on va pas les voir parfois il ne voit que le personel soignant.
    Comme tu le dit on oublie on se projete pas dans la vieillesse ou dans la mort ou peut etre est ce le resultat de notre societe?
    Une societe dans laquelle il n’y a pas de place pour les vieux.



  30. Un petit peu de racontage de moi même pour rebondir sur le sujet ; Même si je suis encore (très) jeune, je comprends bien ces sentiments. Ma grand mère chérie, un modèle pour moi, est sur le point de passer l’arme à gauche et tente de tenir le coup jusqu’à Noël. Quant à mon autre grand mère, atteinte d’Alzheimer, elle est en maison de repos ; elle n’a pas l’air d’y être malheureuse, mais on voit bien que le personnel n’est pas composé QUE de saints prévoyant et choyant ( parce qu’il y a aussi des gens très bien).
    La vieillesse fait peur quand elle nous concerne, parce qu’elle évoque notre propre mort. Mais quand il s’agit de la vieillesse des autres, principalement la famille, il ne faut ni la fuir, ni se la cacher.
    J’ai toujours aimé cet adage sur la bibliothèque, je le trouve tellement vrai. Et j’adore quand mes grands mères me racontent leurs jeunesses! :Shy



  31. Juste pour un ajout !! Cela dit, j’ai peur des rides et j’aime pas quand les mamies mettent 15 plombes à payer au Monop’! (oui, je suis jeune!!)


  32. Galstar

    Moi ce qui me fait peur pour l’avenir, c’est qu’un moyen soit trouvé pour disqualifier les anciens comme électeurs (quel que soit le motif). On serait bien capable de le faire.
    D’un point de vu pratique, plus longtemps on est maintenu dans ses meubles, plus longtemps on reste actif et en meilleur santé. Quitter son chez-soi c’est prendre un sacré coup au moral… et à la santé.



  33. En fait, il faudrait avoir le cran de dégager le plancher avant de devenir physiquement dépendant ou (et) de perdre la boule… J’espère avoir ce courage-là mais je sais bien que rien n’est si simple. Comme Valérie, j’ai moi aussi travaillé quelques mois avec des personnes âgées, des super et des pas drôles, pour certains ma visite représentait un bon moment dans leur journée, mais je me souviens d’un vieux ronchon qui me crachait à chaque fois son “on vous paie pour ça?!” J’avais 21 ans, ce n’était pas facile…


  34. lylyou

    Bonjour, je fais des études médicales, et pour me faire des sous pour un job d’été j’ai travaillé dans une maison de retraite pendant 1 mois en tant qu’aide-soignante.
    Je n’y ai pas vu de maltraitance, mais je trouve qu’on manque cruellement de personnel…Faire manger les personnes agées en 5 min parce que d’autres attendent, ce n’est pas humain. Il faut rendre les soins plus humains, et pour cela il faut des moyens. Il faut faire bouger les choses !!! Combien de personnes sans emploi seraient ravis d’aider ces personnes…



  35. J’ai été très émue en lisant ton article. Bleuette, c’était un peu ma Tantine partie lors de la canicule de 2003…c’est la douleur en repensant à ma mère actuellement en maison de convalescence qui ressemble plus à un mouroir qu’à un lieu pour reprendre “vie”…


  36. camichka

    Bonjour,
    ton billet me touche… Ma mère est aide-soignante depuis plusieurs années maintenant, elle a aussi fait famille d’accueil pour personnes âgées pendant deux ans… avant de craquer. Ma mère est un ange de bonté et de patience, elle avait choisi de faire ce métier pour le relationnel. Aujourd’hui, elle a 54 ans, elle n’en peut plus, elle ne peut plus passer ses jounées à courir dans les étages d’immenses maisons de retraite, pour faire des toilettes et du ménage à la chaine, et soulever des personnes impotentes de 90 kg toute seule du haut de ses 50 kg, parce qu’il n’y a pas de lève-malade, ou pas le temps de l’utiliser si on veut terminer son “quota” de patients à temps et ne pas pénaliser les collègues… tout ça en n’étant jamais que remplaçante, sans vacances, sans évolution de salaire possible, parce qu’une employée précaire qu’on peut virer quand on veut, c’est tellement plus pratique…
    Je m’emporte, je sais, mais je crois que le sort des personnes âgées est profondément lié à celui de leurs soignants - en améliorant les conditions de travail des uns, on ne pourrait qu’améliorer les conditions de vie des autres…


  37. camichka

    Ah, et pour rester dans la note, tu connais la chanson “tu verras, tu seras bien” de Jean Ferrat ? Elle me met le coeur à l’envers…



  38. Gallïane : Utopie non, je ne pense pas, mais par contre, je crois vraiment que préparer sa retraite et sa fin de vie sont malheureusement à faire (mieux vaut éviter les mauvaises surprises) et espérer aussi que notre société évolue en mieux (et là c’est sans doute de l’utopie)

    Constouille : Quand c’est à vous de prendre ces décisions, le dernier conseil que donne William dans son livre est le “lâcher prise” , de se faire aider, d’en parler à des gens compétents et il donne également une liste de conseils pratiques pour choisir au mieux.

    Valérie : oui la maltraitance est un sujet abondamment abordé dans ce livre et il démontre bien que les choses (contrairement à l’enfance) ne sont pas noires, ou blanches, mais que la vérité est au milieu, et le manque de tout contribue à aggraver beaucoup cette maltraitance.

    Fifi : mais les vieux, c’est nous !! A nous de faire en sorte que cela change, à commencer par nos propres regards sur les personnes âgées, celles là même qui nous font pester quand elles mettent deux heures à rendre la monnaie à la caisse du Franprix.

    Lilith : Il y a un monde de différence entre une personne âgée qui a sa tête, et une autre qui bat la campagne, mais dans les deux cas, elles méritent toutes deux une fin de vie la plus digne et heureuse possible.
    J’avais des voisins qui vivaient dans leur jolie maison, et un jour la mère de la femme est venue leur rendre visite, très âgée, elle avait chié partout dans la baraque.
    Au départ, j’avais été très choquée de ce comportement, et puis ma mère l’ayant raccompagnée, “chez elle”, on s’était aperçus qu’en fait, nos voisins avaient vendu la maison de leur mère pour se payer la leur, et l’avait placé dans une chambrette de bonne au 6e étage sans ascenseur d’un immeuble parisien.
    et en fait, elle n’avait fait que se venger de se laisser “emmerder” par eux.

    Galstar : Oui, c’est ce à quoi je pensais en lisant ton commentaire. Et si ils nous supprimait nos voix sous prétexte d’aptitude à voter ?

    Cela dit, on fait bien voter les morts, alors…

    Alice : certes plus facile à dire qu’à faire, c’est qu’n s’y accroche à cette chienne de vie (bordel !!) et tu m’as pas répondu, alors ça va dans le Golfe ? :-)

    lylyou : Oui, comme les visiteurs de prison, il y a aussi les visiteurs de vieux.
    Et je trouve géniales ces institutions, où l’on mélange crèches et maison de retraite, deux générations opposées qui s’apportent beaucoup mutuellement, comme cela devrait être le cas dans notre société si elle était parfaite (mais ça se saurait)

    camichka : C’est exactement ce que dit William dans son livre, il explique vraiment en quoi la “robotisation” et la déshumanisation des institutions contribuent à la fois à la lassitude des personnels soignants et à la maltraitance des pensionnaires.
    La bonne volonté n’y s suffit malheureusement pas, mais on préfère mettre des sous envers les couches de consommateurs, ceux qui achètent et c’est pas le cas des vieux (inutiles !)
    “C’est drôle qu’une vie entière
    Puisse tenir dans la main”
    triste chanson, moi c’est celle des vieux de Brel que je n’écoute plus car elle me fait pleurer à chaque fois.



  39. wouaouh, tu en as si bien parlé…



  40. Je repasse demain, le petit m’hurle dans les zoreilles… Je veux pas louper cet article…



  41. Ca m’ennuie, je n’ai pas le temps de lire les commentaires…
    Tu écris ‘”Nous sommes devenus éternels”. J’ai envie d’ajouter l’homme occidental est devenu Dieu pour lui-même. Il pense pouvoir maîtriser la conception, la jeunesse… Comment pourrait-il envisager la vieillesse, d’autant qu’il n’a plus le sens de la vie sur terre (vivre puis mourir, la mort donnant du sens)?
    On brûle les êtres que l’on adulé un jour ; ce ne sont même plus des humains : ce sont des vieux.



  42. Ton sujet est dur, mais l’histoire avec Bleuette est magnifique. Bravo.



  43. Quelle histoire :( bon ça fait une demie-heure que j’essaie de laisser un com’, j’efface, j’écrie, j’efface à nouveau… la veillesse c’est un sujet difficile !



  44. mais si c’est moi :-D



  45. Dur cet article, mais tellement réaliste…
    C’est vrai que la vieillesse n’est pas du tout vécue et ressentie de la même façon par les africains que dans notre société occidentale…
    Personnellement la vieillesse me rend triste… Il y a des vieux qui ont encore toute leur tête et qui vivent très bien, et ceux qui sont dépassés par les événements. Ce sont eux qui me rendent triste, qui étaient comme moi avant et un jour je serais comme eux. Ce n’est pas qu’on y pense pas, on le sait tous, mais autant profiter des beaux jours puisqu’on aura tout le temps d’y penser quand on sera nous même dans un fauteuil 12/24h…


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