Plus rien devant.
Papa, maman, grand père, grand mère, autant de balises qu’on pense permanentes, toujours une voix plus vieille à qui demander conseil, une oreille sage et complaisante à qui se confier, une épaule qui viendra soutenir nos drames et nos chagrins.
On les conspue parfois, on les hait même quelquefois, digestions mal faites de vieilles rancÅ“urs ou relations fusions avec ces aînés qu’on a toujours connus, mais en cas d’avis de tempête, c’est presque toujours vers l’un d’eux qu’on ira chercher à s’amarrer.
Et puis un jour, parfois de façon prématurée, l’un, le premier, brusquement s’en va.
C’est dans l’ordre des choses, la nature, la vie, le contraire serait souffrance indicible.
Un papy parti trop tôt, on est encore jeune, on ne mesure pas toujours, l’insouciance ou l’égoïsme de l’enfance, je ne sais pas.
Et les années continuent de passer, et un autre part encore, toujours trop tôt.
Ces repères, un à un, finissent pas disparaître, ces aînés qui ont botté nos fesses, séché nos larmes, préparé nos tartines du goûter, veillé nos nuits, grondé à grosse voix nos carnets, ou accompagné nos vacances, cousins, cousines.
C’est un père, mal connu, une grand mère adorée, ou ignorée.
On comprend alors la souffrance de ne s’être pas tout dit, ou des mots qui n’auraient pas du l’être.
La vie continue, et les jours défilent, entre guerres et paix, indifférence, je m’en foutisme, visites trop rares, disputes inutiles, ou éloignements involontaires.
Le quotidien, lui même est ainsi fait qu’il nous sépare, métro, boulot, dodo, il repousse sans cesse à demain le coup de fil, la visite, le courrier.
On les pense éternels, jusqu’au jour où un autre départ vous fait réaliser que la mort n’est pas philosophie, et la vie bien brève.
Ces « grands » qu’on a toujours connus « grands », ces adultes, responsables ou pas, aimés ou craints mais qui ont toujours jalonné notre vie, parfois comme un chemin qu’on savait reprendre lorsqu’on était malmené, mais un chemin qui nous semblait pour toujours tracé.
Ces repères, ces bouées, un à un finissent par s’en aller.
Le mouvement s’accélère, l’accident de la vie devient normalité, une normalité odieuse, détestable, refusée, mais qui reste dans l’ordre des choses.
Il n’en demeure alors plus qu’un ou une, et l’urgence s’impose, de ce temps qu’on pensait infini et qui devient vitesse, accélération et ridiculement gâché.
Arrive alors ce moment où il n’y aura plus rien devant, et de regarder les photos où l’on réalise avec la violence d’une claque, que le « grand », désormais, c’est nous.
Celle qui fabriquera leurs souvenirs, leur passé.
Le phare, la balise, les barrières ou la bouée, aujourd’hui, c’est moi.
photo (très réussie) de Gallïane©
Et de regarder derrière.
Dom
Le truc en plus : Je sais, ce n’est pas très gai pour un lundi, mais bon, ce n’est pas triste non plus, hein.
Le truc en plus en plus :
Pour me faire pardonner, la première blague de Toto du Wanou :
C’est la maîtresse qui demande à Toto de conjuguer le verbe chanter au présent :
Allez, Toto, si tu chantes, tu dis quoi ?
- Je chante Madame
Bien Toto, et si c’est ta sÅ“ur, qu’est ce que tu dis alors ?
- Ta gueule !!!
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Mots-clefs :blague de toto, enfance, enfants, famille, mort, parents, Souvenirs.., transmission, vie















Tu le dis, c’est dans l’ordre des choses. Ils continuent toutefois à servir de bouée à travers nous grâce à ce qu’ils ont partagé avec nous ou ce qu’ils nous ont inspiré. C’est simplement qu’ils ne sont plus visibles même s’ils restent « présent ».
Quant à l’indifférence, les disputes inutiles, etc… chacun fait ses choix, y compris ceux qui sont partis.
Apprendre à regarder derrière, c’est cela vieillir… Enfants nous n’avons que l’avenir…
Cela peut commencer à 20 ans avec celui que l’on regrette pour toujours sans le savoir quand cela arrive un mauvais jour…
Sans savoir que « toujours » et « jamais » sont de vieux copains que l’on découvrira avec le temps.
En pleurant.
Que ton message me parle…
Tellement vrai…
Comme oliviachanteuse !!!!
Quelle belle photo !! j’en suis toute émotionnée
Bizzzzzz à toute la family
Coïncidence, hier je parlais avec ma Môman de souvenirs de vacances avec mes grands-parents, qui m’avaient emmenée avec eux sur les traces de l’enfance de mon grand-père, sur les bords de la Seine, du côté de la Mailleraie, Caudebec en Caux, …
Sachant qu’on va bientôt aller dans ce même coin, pour célébrer un mariage.
La vie continue, les souvenirs restent…
C’est un très beau texte, Dom. Très émouvant et très touchant. Bref, c’est un très beau texte.
J’aime aussi beaucoup la blague à Toto.
Bonne semaine quand meme… Un peu plombé par ton texte fort juste par ailleurs…
oui, c’est dans l’ordre des choses, mais c’est toujours difficile à accepter, l’ordre des choses, justement…
ce billet me parle. ce week end, j’ai vécu je pense l’angoisse comme je ne pensais pas la vivre un jour. la peur de perdre mes grands-parents, c’est un truc auquel je n’avais jamais (ou presque) été confrontée.
merci de ce texte, c’est simplement beau.
(et Toto est génial)(perso, quand je chante, je m’auto dis ta gueule aussi)(mais bon)
- « … Je ne mange pas de pain, le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça c’est triste. Mais tu as les cheveuw couleur d’or. Alors ce sera merveilleux quand tu m’auras apprivoisé. Le blé qui est doré me fera souvenir de toi et j’aimerai le bruit du vent dans le blé. S’il te plait, apprivoise-moi. »
[...]
Et quand l’heure du départ fut proche :
- »Je pleurerai »
- »C’est ta faute. Je ne te souhaitais pas de mal. Mais tu as voulu que je t’apprivoise. »
- « Bien sûr. »
- « Et tu vas pleurer ? »
- « Bien sûr. »
- « Alors tu n’y gagnes rien. »
- « J’y gagne à cause de la couleur du blé ».
C’est dans le Petit Prince (de mémoire).
Bonne journée, Dom.
Ah ben tu m’as donné tout plein de frissons tu sais ?! :)
J’ai récemment perdu ma dernière grand-mère et je me dis régulièrement depuis que ça y est, plus de grands-parents, les prochains maintenant ce seront mes parents… hem. :/
Magnifique cette photo!
Si vrai et si bien dit… (et sinon j’adore la blague à Toto – même pas honte)
C’est vrai qu’à chaque fois qu’on perd un parent, c’est un bout de notre enfance et de notre vie qui s’en va… Je n’ai plus aucun grand-parent désormais, et j’ai cette sensation parfois désagréable de ne plus avoir les mêmes repères, mais aussi cette formidable impression d’avoir franchi un cap dans ma vie d’adulte, en me disant que c’est maintenant mon tour de fonder une famille et d’en prendre soin…
J’ai vu les photos de Galliane, sa galerie de portraits est magnifique.
Galstar : certes, tout comme le fait de ne pas s’appeler, ne pas se voir, faut être deux pour cela, souvent, il n’y a même pas de coupable.
Calpurnia : En pleurant ? Non, pas toujours, comme je le dis c’est pas un billet triste, juste un constat, qui au contraire fait prendre conscience de l’importance qu’il y a à regarder derrière nous, douloureusement oui, mais triste, pas forcément, une leçon de vie de plus à apprendre.
Oliviachanteuse : Merci
Carole : On prend !
Aurélie T : D’où l’importance de se parler, d’échanger et de transmettre, ne pas penser le temps éternel, la vie est courte, et on a rarement de deuxième chance.
La Mère joie : Merci Mère Joie, et moi aussi j’aime bien la blague à toto. (quel idiot ce Wanou !!)
JR : Non, mais arrêtez !! C’est pas triste !! C’est juste une réflexion, la vie, le temps qui passe, la mort, la famille, les anciens, tout cela..
Camille : J’imagine combien tu as du stresser en effet, et j’ai été soulagée d’apprendre que seuls des dégâts matériels avaient touché ta famille.
J’imagine aussi combien tu préfèrerais être à leurs côtés.
Je te souhaite de les serrer dans tes bras au plus vite.
(pour ton chant, je dis joker, je t’ai pas encore entendue)
Cath : C’est malin. en fait, non, c’est pas malin de me coller du Saint Ex comme cela sans prévenir.
Mon livre préféré en plus.
Bordel !! Que c’est beau.
Clyne : Profite, profite de ceux qui restent, oui, je parle comme une vieille emmerdeuse, mais profite, profite de ceux qui te restent encore.
Miss Brownie : Merci pour Galliane.
La femme coupée en deux : Mais moi aussi je la trouve marrante (bête et marrante)
Annouchka : cela s’appelle devenir adulte, sans doute oui, mais un jour l’horizon devant est vide, et ça bouleverse complètement, on se sent un peu perdu.
Les portraits de Gallïane sont en effet magnifiques, il y a de l’amour dans son regard sur les gens, ça se sent dans ses photos.
J’avais écrit un billet un jour sur « le maillon d’une chaine » sur le fait que je suis mère et fille en même temps. Qu’il peut arriver dans le même jour que j’ai besoin d’être rassurée par ma mère, puis de rassurer mes filles à mon tour avec les mêmes mots.
Et je sais qu’un jour, il n’y aura plus que moi…
C’est la loi de la vie. Et dans les moments de blues on pense à nos ancêtres. Je me console en me disant qu’une descendance se souviendra de moi, du moins je l’espère !
Chez nous la mort frappe un peu dans le désordre du coup « l’ordre des choses » est chez moi un peu désordonné. Cela me rend parfois plus fataliste qu’il ne le faudrait et donne l’impression que je ne réagis pas aux choses. Pourtant ton texte (très beau soit dit en passant ) me parle …
C’est un beau billet, que tu n’as peut-être pas voulu triste, mais qui me file les larmes aux yeux…
« La vie continue, et les jours défilent, entre guerres et paix, indifférence, je m’en foutisme, visites trop rares, disputes inutiles, ou éloignements involontaires.
Le quotidien, lui même est ainsi fait qu’il nous sépare, métro, boulot, dodo, il repousse sans cesse à demain le coup de fil, la visite, le courrier. »
Ce passage me parle particulièrement… Des tas de bises, ma belle, ainsi qu’aux tiens (quelle belle photo)
Comme j’aime aussi quand tu nous serres le coeur. Ayant perdu mes parents relativement jeune, je confirme, l’angle de vue change brusquement, on n’est plus l’enfant de personne, à aucun moment, même quand on voudrait bien s’asseoir encore à la table du goûter et se faire un peu chouchouter… Et aussi, la difficulté de garder le bon sans se laisser perturber par le moins bon, voire le carrément pas terrible. Ca prend du temps. Bises.
En fait, c’est un peu comme shalima, ce qui me touche dans ton texte :
« Le quotidien, lui même est ainsi fait qu’il nous sépare, métro, boulot, dodo, il repousse sans cesse à demain le coup de fil, la visite, le courrier. »
J’ai l’adresse de mon prof préféré d’Histoire Géo depuis plusieurs années, dans mon agenda. Ca fait des années que je me dis que je devrais lui envoyer un courrier.
Sauf que… au fil d’une conversation facebookienne, j’ai appris que celui-ci nous a quitté pas plus tard qu’en octobre dernier.
La vie ne tient qu’Ã un fil.
C’est comme cette enveloppe pleine de timbres que je dois envoyer depuis X années à mon oncle qui les collectionne…
C’est comme ce courrier que j’ai commencé à écrire en janvier et qui n’est pas fini non plus, alors que nous arrivons maintenant en mars…
Le métro/boulot/dodo, ça me tue à petit feu, en ce qui me concerne. L’impression de ne rien faire de la vie, à part gagner les sous qui permettent de manger, s’habiller et sortir occasionnellement.
Et perso, ça, ça ne me donne pas envie d’avoir une progéniture à laquelle offrir aussi ce privilège. J’ai une vision trop négative de la vie dans son ensemble.
Au passage, je souhaite beaucoup de courage aux personnes sinistrées, que ce soit en Vendée, Charente Maritime, Loire Atlantique ou ailleurs.
Je les vois passer, les dossiers sinistres… J’ai passé la journée à en enregistrer… Les experts qui viendront chiffrer les dommages feront de leur mieux, croyez-moi et de mon côté, je ferai tout pour que les rapports soient faits le plus rapidement possible…
Louisianne : une chaine, oui, c’est le mot, et quand il en manque une moitié… La loi de la vie, mais une loi qu’il est parfois dure d’admettre.
Noum : Chez nous aussi, c’est un peu trop le foutoir, mais arrive quand même ce moment où tu n’as plus ces repères, aucun d’eux, et c’est toi qui est repère, pour ceux qui suivent (oui, les petits couillons qui nous mettent le dawa dans la maison !!)
et merci pour le compliment.
Shalima : Par moment, on s’arrête, on marque une pause et on se met à réfléchir, tristesse ? Même pas, juste ces réflexions qu’on s’interdit par la force des choses et la précipitation de nos vies, et ces réflexions, finalement, elles font du bien à l’âme, surtout quand je lis les réactions qu’elles suscitent.
Alice : Alors, toi, déjà , avec ta photo de la maison rose de mon enfance, tu peux pas savoir comment tu es tombée pile poil dessus.
C’est exactement cela, fini le temps des tartines, du chouchoutage, Ã notre tour de beurrer (1/2 sel) les tartines.
(et encore merci pour cette madeleine de Proust)
Aurélie T : Notre choix de partir vivre ailleurs dans un pays où le temps reprend son temps, celui de vivre, de profiter de vrais moments l’a été en partie pour ces raisons.
A quoi sert de vivre si ce n’est pas possible de le prendre ce temps, de temps en temps ?
Et oui, la vie apprend à ne plus remettre au lendemain, la procrastination est bonne quand il s’agit de repassage, tellement peu quand il s’agit de dire aux gens qu’on pense à eux.
L’urgence est là , aussi.
J’ai une pensée pour les habitants de ma région qui se sont retrouvés dans une situation effroyable en raison de cette tempête, ceux qui ont perdu un être aimé, ou qui ont vu tous les efforts d’une vie anéantis par une vague inattendue.
J’espère que là aussi le temps ne sera pas trop long avant que les dossiers, l’administration, les assurances, tout cela fasse son travail.
Et je sais, pour te connaître un peu que tu feras tout ton possible pour !!
C’est un très joli billet que je viens de lire (avec Chopin en bande-son, ça collait parfaitement) juste merci
[...] Comme le panier de la ménagère, ici c’est tout mélangé, coups de cÅ“ur, coups de grisou, réflexions, séries TV, livres, actualité, on réagit et on commente ! « Plus rien devant. [...]
Le plus effarant n’est-il pas quand l’ordre des choses n’est plus ? Tout cela me donne des frissons de bon matin tiens.
je pense à toi, à vous…
C’est très joliment exprimer. Et moi qui ne trouvais pas les mots pour parler du « départ » de ma grand mère adorée. Merci!