Sur une île déserte

Le dernier article de Mercutio sur les vieilles photos de famille m’a rappelé un moment vécu, intense, pas très heureux mais riche d’enseignement.
On voit souvent, dans les magazines, des phrases du style : si vous ne deviez emporter qu’une seule chose sur une île déserte, qu’emporteriez-vous ?
Vivant en Côte d’Ivoire depuis près de 15 ans, j’ai du, du jour au lendemain, comme nombre de mes compatriotes, quitter ce pays.
A la lumière de ma mésaventure, je demanderais plutôt, si vous aviez deux heures pour ne faire qu’une valise avant de quitter définitivement votre maison, votre vie, votre pays, qu’emporteriez-vous ?
Pour ma part, je n’ai tout d’abord mis dans cette fichue valise que des objets sans valeur, mais tellement importants à mes yeux tels que et dans cet ordre (liste à la Prévert) :
Le livre de bébé de ma fille que j’avais mis tant de jours à réaliser entièrement, avec dessins, photos, collages et écrits, les photos de notre vie en Côte d’Ivoire, quelques objets qui me tenaient à coeur sentimentalement comme des pagnes, des bracelets de cérémonie, du sable d’Assinie (je reviendrai sur Assinie, un endroit si important pour Manou et moi), un ndokett sénégalais offert par mes collègues de Dakar, un boubou offert par une amie ivoirienne, des dollars des sables (comme celles de la photo), deux boites à savon, mon book d’agence, mes bijoux dont tous les bijoux africains que je ne peux pas porter en France sous peine d’être considérée comme totalement barrée et quelques vêtements.
Finalement, je me suis rendue compte que ce qui avait le plus de valeur à mes yeux, et que je ne pouvais absolument pas perdre n’étaient pas liés à leur valeur en terme d’argent, mais bien l’importance sentimentale que je leur donne. Dans notre société de consommation, on entasse, on amasse, mais si on doit faire un choix, tous ces futilités reprennent bien la place qu’elles méritent, cela relativise sérieusement les choses.
Et vous, vous avez deux heures pour faire votre valise, que mettez-vous dedans ?
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POUR MA PART J EMPORTERAI CE QUE J AI DE PLUS PRECIEUX: MES ENFANTS D ABORD ET MA FEMME S IL RESTE DE LA PLACE !!!!
>> Papy Joel : On a dit dans la valise !! ;-))
Je précise que bien évidemment j’ai pris les enfants et le mari, non mais !
Bonjour Dom ! Je viens faire un tour de ce côté, j’arrive vraiment à rien d’autre en ce moment !
Alors deux heures pour une valise ? Je prends inévitablement toutes mes photos d’abord pour les souvenirs, mes lettres d’A, les bijoux offerts par mes parents pour mes 18/20 ans - c’est sentimental -, mon appareil photo - je le trimbale partout même si je ne le sors pas toujours, je suis une vraie touriste japonaise ! - , mon portable pour garder tous les numéros des amis, mon doudou - pas mon chéri, mon doudou/nounours de quand j’étais pas grande, même que je le suis toujours pas ! -, une rose rouge -bien qu’elle risque d’arriver en miette -, mes dessins/crayons/peintures - je ne pourrais pas me résoudre à laisser ces heures de gribouillage et tout le matériel -, …
Voilà finalement, j’emporterais aussi des choses à forte valeur sentimentale ! De quoi se raccrocher aux souvenirs des personnes dans un autre lieu, même si ces personnes viennent avec nous bien sûr.
C’est dur comme question ! Finalement je crois que je prendrais les photos des gamins, les passeports, mon boulot enfin sauvegardé sur DVD (on se comprend) et puis basta et ce serait déjà bien d’avoir ce temps-là.
Par contre j’en aurais gros sur le coeur de laisser tous mes livres (plusieurs centaines) mais le mari en serait trop heureux.
Moi j’emporte ma croix celtique et mes rangers…:-)
Je n’ai pas réfléchis à votre question, mais votre description m’a beaucoup émue (en fait ça m’a donné la larme à l’oeil) et elle donne bien l’importance de l’Amour dans notre vie ! Merci
>> Marie :
De rien Marie, votre gentil mot m’a touchée.
On s’amuse souvent avec ce genre de "et si.." jusqu’au jour où on est confrontée à la réalité d’un choix pour une vraie valise, je ne le souhaite à personne, mais cela m’a appris beaucoup.
>> A tous (tes) :
Pas de réponse si ce n’est qu’on est tous pareils, on emporte ce à quoi on tient vraiment. L’urgence remet les choses à leur vraie place.
Maroushka, tiens nous au courant…
Deux heure et une grande valise : mon livret de famille, un maximum de photos des filles, vieilles photos de famille, les bijoux me venant de ma famille également, de la vieille musique non rééditée, ma petite collection d’écritures de toute la famille, deux livres de chevet depuis toujours légués par des grands parents…
Bref effectivement des choses qui n’ont de valeur que pour moi. Je pense que dans certaines conditions on peut même oublier son chéquier et sa carte bleue…
Il paraît qu’après un incendie de maison c’est le pire : avoir perdu ses souvenirs…
>> Calpurnia : Je confirme. Après avoir vu des amis rentrer de Côte d’Ivoire en slip (au sens propre). rien n’est pire que de perdre (après ses proches bien sûr) tous ces petits ou grands souvenirs qui font une vie. Mais bon, ça fait du bien de s’en rappeler de temps en temps.
C’est une de mes grandes angoisses…parce que j’aime énormémement ma maison et tout le bazar que j’ai pu y amasser ces dernières années. Et puis sur le forum des FAF, nous avons eu une femmequi a dû quitter Beyrouth en catastrophe avec une valise de 20kg seulement et cela m’a encore plus fait réfléchir. Heureusement, elle a pu y retourner dernièrement… Je crois que comme tu dis, on ne doit pas prendre de choses de prix, mais des choses de valeur sentimentale. Une expérience de toutes les façons très traumatisante.
merci pour le petit clin d’oeil…
en deux heures… hmmm… des photos bien sûr, un papier un crayon - parce qu’il faudrait que je laisse une trace de cet exil, j’en suis convaincu, des objets auxquels je tiens, deux ou trois livres (les misérables, gatsby le magnifique, la vie devant soi…) que je pourrais relire (ce sont plus que des livres, ce sont des instants de ma vie), et puis des objets de pièces que j’ai jouées… oublier doit être une souffrance supplémentaire dont il doit falloir se protéger…
et puis, si je peux me permettre de faire de l’humour, je prendrais une boite d’aspirine, parce que des fois ça fait mal à la tête, l’exil… non?
Merci Dom de nous rappeler à des choses aussi terre à terre mais tellement essentielles pour notre équilibre et celui de nos proches. Je pense que je pourrais emmener trois pots. L’un contiendrait de la terre, un autre de l’eau quant au dernier un pot pourri des essences que je pourrais mettre dedans. Les souvenirs ce ne sont pas que des images. Ce sont aussi des odeurs, des couleurs. Ils ont parfois besoin d’excitants pour ressurgir avec plus de vigueur qu’une simple image statique.
Quand j’étais gosse, une de mes vieilles tantes qui se “baladait” aux quatre coins du globe ramenait à chaque fois un petit pot de terre, un petit peu d’eau, parfois quelques fleurs séchées. Et elle semblait y tenir beaucoup plus qu’à tous ce qu’elle pouvait acheter à droite et à gauche et qu’elle distribuait sans compter à gauche et à droite.
A cet âge on trouve que les adultes ont parfois des idées bizarres. C’est plus tard que j’ai compris. Le “déracinement” est quelque chose de terrible. Conserver des éléments essentiels comme ceux là permait peut être d’emmener avec soi un peu du pays, un peu de l’univers qui ne sera plus partagé avec des gens qu’on a rencontré et aimé… Une façon comme une autre peut être de préserver symboliquement un peu des autres et un peu de soi?
Moi je fais confiance à ma chérie pour les souvenirs précieux, c’est pour ça qu’elle est elle. Le reste il est dans ma tête, le temps a fait le tri pour n’y conserver que le meilleur.
Mes enfants ayant passé l’âge de rentrer dans une valise… Je ne sais vraiment pas ce que j’emporterai !
Des photos ? oui mais comment choisir ?
Alors disons, quelques livres cultes et le paquet de lettres écrites il y a si longtemps par mon meilleur ami, devenu petit copain, puis fiancé et enfin mari !!!
Allez, préparez bien vos bagages et bon voyage !
>> Fred : Oui le déracinement est difficile à vivre, surtout quand il est abrupte et non choisi. Tout comme ta tante, j’ai emporté avec moi du sable, d’assinie, endroit où j’ai vécu les moments les plus heureux de ma vie ivoirienne. Une façon d’avoir un peu de ma terre d’Afrique avec moi.
>>> BB : leov
>> Liath : Merci pour ta visite, et bienvenue !
Tout dépend si l’on a droit à des appareils électriques style PC! Mais on va faire sans. On va faire aussi sans la famille.
Donc j’emporterai des photos de mes proches, des cahiers avec stylos pour pouvoir écrire, quelques habits de rechange, la bible (que je n’ai jamais lu, ça serait l”occasion), des lunettes de soleil, une brosse à dent, un gros savon marseillais, un duvet, des médicaments de première necessité et de la nourriture!
Cela fait plusieurs mois que vous avez écrit cet article, Dom et c’est en larmes que je le lis et que j’y réponds : je suis arrivée dessus en tapant “dollar d’Assinie” sur Google. En effet, le week-end dernier, on m’a cambriolée, et tous mes bijoux ont été volés. Indépendamment de leur valeur marchande (c’était de l’or massif puisque fabriqués à Abidjan il y a entre 15 et 25 ans), c’est tous mes souvenirs de jeunesse et d’enfance qui m’ont été volés : il y avait entre autres un magnifique pendentif en or jaune représentant un dollar d’Assinie que je ne pourrai évidement plus jamais refaire puisqu’il est hors de quesiton de retourner là-bas. J’ai vécu là-bas pendant très longtemps moi aussi et si je ne suis pas du tout partie en catastrophe, j’ai néanmoins une nostalgie terrible.
J’aurais emporté exactement la même chose que vous si j’avais eu deux heures. …. les cambrioleurs ont tout laissé, sauf mes bijoux.
Genevieve
Geneviève.
j’imagine très bien votre peine, les objets n’ont que la valeur qu’on leur prête.
Personnellement, j’ai toujours des amis sur Abidjan, il serait donc possible de vous en faire rapporter un si vous le souhaitez.
En admettant que les bijoutiers de cocody aient suffisamment d’or pour en faire, la dernière fois que mon époux s’y est rendu, ce n’était pas le cas.
Vous avez mon mail sur le blog, n’hésitez pas à nous écrire.
Affectueusement.
Dom