Toutes ces choses que l’on ne s’est pas dites
Aujourd’hui, après avoir visionné un film historique émouvant, que dis-je, poignant (dont je ne manquerais pas de vous parler très bientôt) de multiples questions se bousculent dans ma tête.
L’Histoire, celle avec un grand H, celle que nous avons apprise dans les manuels scolaires dans un premier temps, et parfois lue dans des livres dédiés au sujet afin d’approfondir nos connaissances, cette Histoire, nos aïeux l’ont vécu.
Et, sans remonter son arbre généalogique (que je n’ai pas) sur 14 générations, nos grands-parents l’ont vécu de l’intérieur.
En l’occurrence, le film sus cité fait référence à un évènement bien précis de la seconde guerre mondiale (je vous démontrerais que ce n’est pas le dix millième film sur le sujet) et là de m’interroger : que faisait ma famille ?
Ont-ils été neutres et fait le dos rond le temps « que les choses se passent » ? Ont-ils été collabos ou résistants ?
Or, mes grands-pères étant décédés alors que j’étais adolescente tandis que ma grand-mère s’est ensuite étiolée avec Alzheimer, force est d’avouer que je n’aurais jamais les réponses à ces questions.
Et de me demander, pourquoi n’ai-je jamais évoqué le sujet avec eux ?
Et pas que de la guerre mais aussi du droit de vote des femmes, des trente glorieuses, de la décolonisation, du premier homme sur la lune (quoi que là mes parents pourraient me répondre) etc etc
En fait je réalise que déjà je suis dans une famille « restreinte » (en nombre hein, notre intellect va à peu près bien merci) et qu’en plus on ne se parle pas !
Il n’y a pas forcément de cadavres dans les placards ou de gros secrets de famille (en même temps qu’est-ce que j’en sais ?) mais juste on reste à la surface.
D’ici à dire que nous avons des relations superficielles il n’y a qu’un pas ?
Manou
Le truc en plus : Parlant d’Histoire, je vous conseille vivement de regarder le documentaire Musulmans de France, mardi 23 Février sur France 5 à 20h35.
Diffusé en 3 épisodes, ce reportage est véritablement passionnant et instructif (enfin moi j’ai beaucoup aimé).
En ces temps d’Identité Nationale, je pense qu’il est important de savoir pour comprendre…
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Manou, je crois vraiment qu’on est dans une société de communication depuis une trentaine d’année seulement. Ce que je veux dire par là, c’est que ces événements dont on entend parler maintenant n’ont sans doute pas toucher nos grands-parents de la même manière que ce que nous vivons nous.
Comment parlerons nous à nos enfants de la guerre du Golfe, des twin-towers, peut-être que des événements bien plus importants sont en train de se passer en Chine ou en Inde et que nous ne sommes pas au courant, que dirions nous dans ce cas à nos enfants ?
Après, je ne pense pas que ta famille soit particulièrement superficielle, j’ai essayé de parler de Mai 68 à mes parents, ma mère se rappelle qu’on ne trouvait plus d’essence et qu’elle était en Allemagne en même temps que le général.
C’est peut-être intéressant, mais ça ne va pas chercher bien loin comme information, non ?
Coucou Manou,
Je sais que ce mon côté, la guerre était un sujet de conversation qui revenait régulièrement. La discussion se faisait surtout entre mon grand-père maternel et mon père, lors des repas de famille.
Je sais ainsi qu’il a été éduqué à la base déjà parmi la gendarmerie, puisque son père était là-dedans.
Ensuite, lors de la guerre, il nous a parlé de la façon dont se passaient les journée, les paquets de P3 (si je ne dis pas de bêtise) qu’ils fumaient à plusieurs.
Il a fait partie de la Résistance, et peu à peu, il est descendu vers le sud de la France, puis est passé par l’Espagne, où Franco faisait aussi des siennes, pour repasser après par le Maroc, l’Algérie, la Tunisie via les trains, et revenir en France par la Corse.
Pendant ce temps-là par contre, je ne sais pas trop comment ça se passait pour sa femme.
Du côté de mon grand-père paternel, je sais juste que celui-ci a été transféré au couloir de Dandzig (Gdansk, Pologne) pour des travaux obligatoires, mais il n’a jamais raconté + de choses à ce sujet…
Avec mes grands-parents maternels, ça m’est arrivé d’aller du côté de la région d’enfance de mon grand-père, du côté de l’abbaye de Jumièges, par exemple. Mon grand-père maternel adorait raconter le passé. Parler des bacs qui permettaient d’aller d’un côté à l’autre de la Seine, des mascarets qu’il pouvait y avoir…
Donc tu vois, Manou, il y a l’un de mes grands-pères qui nous a raconté beaucoup de choses, qui a partagé énormément avec nous. Mais c’est bien le seul à l’avoir fait, en somme.
Pour moi, ça dépend aussi énormément des personnes, si elles ont envie de partager leurs souvenirs ou pas…
PS : râté, c’était les P4 pour les cigarettes… dans un moment de doute j’ai fini par vérifier…
http://houel.perso.neuf.fr/pages/pict/8parisiennes.jpg
Depuis la mort de mon grand père maternel, ma grand-mère me parle de son passé, de leur jeunesse.
Mais elle ne me parle pas de leur ancrage dans l’histoire, elle me livre des souvenirs d’une vie quotidienne d’une autre époque, des souvenirs d’une époque qui lui manque aujourd’hui que mon grand père n’est plus , cela lui permet l’espace d’un temps de se replonger dans une enfance et ou une jeunesse qui bien qu’elle se soit déroulée en temps de guerre bune partie du temps, reste pour elle une période heureuse je crois, la guerre n’étant là qu’en toile de fond …
On ne parle jamais assez avec son entourage, surtout ses parents et grand-parents. Le problème c’est qu’on s’en rend compte souvent trop tard !!
En tant que parent, je pense aussi qu’il y a des choses qu’on a vécues et dont on ne parle pas parce qu’on a l’impression que tout le monde est au courant. Je me suis par exemple rendu compte que mes enfants ne connaissaient la chute du mur de Berlin que par l’histoire. Ce jour-là, je leur ai raconté comment se passait un passage du mur à l’époque et quel aspect il avait côté ouest et côté est. Sinon, je n’aurais sûrement jamais pensé à leur en parler.
Et puis, il y a les choses dont on ne parle pas parce qu’elles sont trop douloureuses. J’ai un parrain qui a été plus de 10 ans dans la Légion, qui a combattu et qui nous racontait abondamment (mais quasiment uniquement), les relations qu’il avait avec ses mules et l’avantage des bandes moletières sur les bottes. Sur le reste, silence… J’ai aussi entendu une rescapée des camps dire que pendant 30 ans, elle n’en avait pas parlé parce que personne ne l’aurait comprise.
Je crois que nos grands parents ont voulu nous épargner ce qu’ils ont vécu.
Mes 4 grands parents ont vécu cette guerre, des deux cotés vu que je suis franco-allemande, et encore mon coté francais date d’après guerre puisque mes grands parents d’origine slave juive et orthodoxe sont arrivés en 1949.
Je connais des bribes, et cette peur que ça arrive de nouveau. Ma grand mère stockait du sucre, pates et riz jusqu’à sa mort, par peur de manquer.
Aujourdh’hui seul mon GP allemand est encore en vie et je sais que ces années ont été douloureuses, je n’ose pas remuer cela par pudeur. Je sais ce qu’il m’a raconté, mais je ne poserais pas plus de questions….
Sans vivre dans le passé, l’histoire familiale a toujours été diffusée sous forme d’anecdotes qui nous étaient racontées. Les évènements les plus difficiles n’ayant été abordé qu’à un âge où nous pouvions les comprendre et en discuter, ma génération connait aujourd’hui l’essentiel des moments clefs de l’histoire familiale à travers le siècle dernier.
C’est clair, il y a souvent des choses que l’on ignore sur notre famille et que l’on découvre bien trop tard. J’ai appris des choses formidable sur mon grand-père paternel malheureusement bien longtemps après son décès ce qui est bien dommage car j’aurais aimé qu’il me raconte les belles choses qu’il a fait de son vivant.
Je suis Franco-Allemande, alors c’est une question que je ne me pose pas… Du 3e Reich, j’en ai mangé à l’école tous les deux ans et ma grand-mère m’a raconté son exode de nombreuses fois (me père est d’origine sudète). On a même une série de cassettes audio, où on lui a fait enregistrer l’histoire de sa vie. Eh bien, je n’ai jamais pu la réécouter et je ne le pourrai jamais.
En tant qu’Allemande, on est confrontée à l’histoire d’office. Quand tu voyages à l’étranger et que tu retrouves des croix gammées dessinées dans la poussière sur le cul de ta 104 à côté de la plaque allemande ou quand à l’âge de 7 ans, un « grand » de 11 ans à la plage en Vendée te dit « ah, t’es Allemande, c’est vous qui avez tué les juifs! », tu ne peux pas ignorer… Et toujours la question posée aux anciens: Et l’oncle untel, il en était? Et la tante machin, elle était aux jeunesses hitlériennes? Et mon grand-père? Et pourquoi vous n’avez rien dit?
Quand ils sont en 4e, j’emmène mes enfants à Dachau lors de notre voyage annuel à Munich. Il m’en reste une, la plus émotive, l’année prochaine.
Un bien beau billet que tu as écrit là Manou, je sais que ce film t’a vraiment remué les tripes et je comprends d’autant mieux ce questionnement.
Dans notre famille, aussi, beaucoup de non dits, qui n’auront pas de réponses puisque la mort s’en est mélée.