La bonne nouvelle

En Afrique, pas de crèche, pas de garderie, il est donc impératif d’engager, si l’on travaille, une nounou à plein temps qui viendra garder les enfants durant les heures d’absence.

Pas toujours facile, et j’ai donc été particulièrement chanceuse en découvrant, pas le biais d’une simple petite annonce au centre de pédiatrie, celle qui serait ma nounou durant toute notre vie ivoirienne.

Madeleine, « Madida » comme disaient Miss E et le Wanou, petits, une baoulé, ronde et pleine de joie de vivre, douce et à la fois ferme avec les enfants, la parfaite Mary Poppins africaine.

Elle faisait partie de notre vie, et était même venue en France lors d’un été en vacances avec nous, j’ai notamment en mémoire deux jours à Paris, juste elle et moi, où elle avait découvert avec parfois une sacré dose d’étonnement et d’humour, les escalators, les moto crottes parisiennes, Tati, les taxis luxueux parisiens, les champs élysées et le blouson de Michael Jackson au Planet Hollywood.

Quelqu’un qui partage votre vie et élève vos enfants ne peut être qu’un membre de votre famille, Miss E a eu longtemps deux mamans, l’une blanche, l’autre noire.
Elle a reçu aussi en cadeau les deux cultures, d’un côté la culture occidentale, française, la nôtre, de l’autre, la culture baoulé dont elle parlait même quelques mots étant enfant, celle de Madida.

Madeleine était si belle que j’avais proposé à la marque Lesieur d’en faire son égérie pour l’Afrique de l’ouest, les femmes rondes là bas ne sont pas vues comme ici, et après un peu d’hésitation pour une marque qui avait toujours lutté pour éviter d’associer son image à la rondeur, elle s’est retrouvée sur des 4par3 dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest, et a même tourné dans un spot télé, la consécration !

Et puis un jour, tout s’est arrêté.

Pour nous, un retour abrupt et difficile, mais nous étions en sécurité, dans un pays où l’on râle beaucoup, certes, mais parce qu’on a les moyens de râler, nous étions chez nous où plus personne ne pourrait nous dire d’en partir.

Pour Madeleine, l’impossibilité de nous suivre, la difficulté dans un pays en guerre à retrouver, malgré ses compétences, un nouveau travail, et un avenir qui s’annonçait bien sombre.

Et l’effroyable déchirement qu’a été notre séparation, surtout celle de Madeleine et des enfants.

Bien sûr, je lui ai promis qu’on ne se quitterait pas vraiment, qu’on serait toujours là pour elle, qu’elle viendrait nous voir, ou qu’on irait, nous, la voir.

Mais la loi et les règles se fichent pas mal de l’affection ou des raisons qui nous motivent, et obtenir un visa pour la France était devenu totalement impossible.

Je l’ai revue, il y a deux ans, lorsque je suis retournée à Abidjan passer une semaine, nous nous sommes embrassées, nous nous sommes retrouvées, nous avons beaucoup pleuré aussi (mais je pleure si facilement) rarement je n’avais eu autant d’émotions à vivre.
Je l’ai retrouvée telle que je l’avais quittée, toujours aussi souriante, toujours aussi sage et généreuse aussi.

Même si je n’avais tenu ma promesse qu’à moitié.

On l’a rappelée hier, j’appréhendais sa réponse, elle, elle avait juste peur que nous ayons changé d’avis.
Et quand on lui a demandé si elle avait réfléchi, elle a répondu en riant qu’elle avait déjà préparé ses bagages, prévenu sa famille, et que tout le monde était bien content pour elle.

Et moi, je trouve que c’est une putain de bonne nouvelle.