Bazins : Du coton, de la couleur et de la sueur.

L’Afrique, pour beaucoup et surtout sur les cartes postales, ce sont avant tout des couleurs.
Celles des boubous qui claquent au soleil, qui explosent dans la grisaille des marchés couverts, le rose puissant, le vert anisé, le turquoise brillant,  le mauve profond, le pourpre élégant, les doux pastels comme les couleurs brutes, pas une seule teinte de l’arc en ciel qui ne soit sur leurs tenues.

De tous ces tissus qui composent leurs vêtements, le bazin est celui de l’exceptionnel.
Un coton amidonné, brillant, chatoyant, aux motifs qui se devinent derrière les couleurs éclatantes.
Le « bazin riche », rien que ces deux mots évoquent pour beaucoup de ceux qui connaissent le continent noir, des bruits de tissus raides et empesés qui donnent à celui ou celle qui les portent une majesté, une allure vraiment unique.

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Derrière cette beauté colorée se cache aussi une autre réalité.
Les colorants et la mise à la teinte de ces tissus représentent un marché économique énorme et un quotidien dur, physiquement et moralement, pour des ouvriers qui travaillent dans des conditions qu’en Europe on peine à imaginer.
Des techniques traditionnelles figées qui pourraient s’améliorer et devenir plus humaines.
Bains, teintures, gomme, soude, puis coups assenés en rythme  avec de lourdes masses en bois pour faire ressortir le brillant, séchage, pliage.
Une fabrication difficile où chaque étape est une épreuve pour ceux qui en vivent.

J’ai passé dernièrement une journée avec ces ouvriers, ces ouvrières.
Une rencontre véritablement exceptionnelle, et j’ai voulu juste vous la faire partager, pour les sourires, les regards et la fierté que j’ai vus tout au long de cette journée chez ces orfèvres de la couleur.

Entre les vapeurs toxiques, les boues teintées, les tôles rouillées, les fumées piquantes, les bains bouillonnants et brûlants.
Les dos courbés, les mains qui peinent, les genoux qui supportent.

Entre les lourdes masses, les mouvements répétitifs, les peaux abimées et les yeux rougis.
Des sourires, du partage,
et beaucoup de beauté.

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Dom

Le truc en plus :
Il y a une chose que les photos ne peuvent offrir : les bruits.
Bon, en fait deux.
Avec les odeurs aussi.
Bref, j’ai pensé qu’un petit film parlerait mieux que toutes les descriptions que je pourrais en faire.

Dont acte.

teinturerie
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14 commentaires à “Bazins : Du coton, de la couleur et de la sueur.”


  1. [...] This post was Twitted by Domydom [...]

  2. Galstar dit:

    Ces images restent très belles et il émane de la force de ces artisans quand on voit leurs visages en dépit de la difficulté de leur activité.
    En plus d’être éprouvante cette activité est gourmande en eau potable non? :mof
    La fierté ne nourrissant pas les travailleurs, ces ouvrières et ouvriers gagnent-ils bien leur vie ou y-a-t’il un certain prestige à la pratiquer?

  3. Caju dit:

    Je regarderai tranquillement qd je serai de retour à la civilisation avec une vraie connexion.
    Mais déjà merci pour ce billet qui represente à mes yeux un partage culturel et une aide pour découvrir et comprendre le quotidien de tes voisins. Et qui nous permet donc d’ouvrir les yeux sur ce qui se passe à côté, en espérant que cela calmera les lamentations perpétuelles de certains.

  4. Dom dit:

    Galstar Oui à ta première question, en plus d’être extrêmement polluante, et non à la seconde, la paye est maigre, le labeur difficile et les conditions plus que dures.
    Ces personnes sont fières de leur travail, de ce qu’ils réalisent mais malheureusement, ça ne suffit pas à leur assurer une existence sereine.

    Caju : Cet article va rester quelques jours en une de notre espace, il est long, les photos nombreuses, et je n’avais d’autre objectif que ce que dis, exactement.
    Biz belle blonde.

  5. valerie dit:

    j’ai pas compris ; les masses qu’ils utilisent c’est pour faire ressortir la teinture ?


  6. [...] This post was mentioned on Twitter by Dom and Dom, Marlene. Marlene said: c'est beau beau beau ces photos. RT: @Domydom: Découverte. Rencontre avec les orfèvres de la couleur http://bit.ly/d0qjFt [...]

  7. Phileas dit:

    superbes photos
    mais je me demande si une mécanisation (qui permettrait d’alléger la peine bien entendu) donnerait un résultat aussi beau (malheureusement) ?

  8. shalima dit:

    Impressionnant, superbe, incroyable !

  9. Océane dit:

    Très beau, je ne connaissais pas du tout, et voilà une belle découverte.

  10. Ali dit:

    Tes photos sont magnifiques… et me font froid dans le dos. Moi qui suis une paniquée des produits chimiques… rhalalala quand je les vois avec leurs petits tabliers de plastique et leur masque à poussière…
    Merci de nous faire partager ça !

  11. vannina dit:

    Merci à toi pour cette découverte d’une autre vie et d’une autre culture,tes photos sont magnifiques,j’aime toujours quand tu nous parles de ton Afrique .

  12. emanu124 dit:

    Magnifique
    Je veux un agrandissement de la photo de la cuve avec le liquide rose et les deux pots bleus au fond pour la mettre au mur à côté du masque Camerounais
    Maintenant tu sais quoi m’offrir pour Noël (moi je dis ça je dis rien)
    Ben quoi ? On peut essayer, non ?

  13. Angie dit:

    Je savais qu’il fallait taper le bazin une fois lavé, mais je ne savais pas comment on fait le bazin. Par contre, ce bruit quand tu marches, c’est atroce, me suis fait faire une jupe et ben on m’entend à des kilomètres.

  14. lilith dit:

    Merci de m’avoir fait découvrir cette « industrie » dont je n’avais qu’une idée « clichée » :8-)